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mercredi 2 janvier 2019

Les Sammies



     Je complète mon précédent billet sur la boîte à joujoux de l'oncle Sam en présentant deux documents :

- Une couverture de L'Automobile aux armées (n° 34, 15 octobre 1918),  dessinée par Jean Routier, représente des Sammies.



Jean Routier
L’Automobile aux armées, 34, 1918-10-15
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
    

      Ce nom donné aux soldats américains dérive de Uncle Sam. Selon une tradition - légendaire ? -, la personnification de la nation américaine et de son gouvernement en Uncle Sam remonterait à la guerre anglo-américaine de 1812 : les initiales U S (United States)  figurant sur les barils de viande salées fournis par un certain Samuel Wilson auraient été interprétées par les soldats comme celles de Uncle Sam, surnom familier de ce fournisseur [1]. Sa genèse semble plus compliquée [2]. Quoi qu'il en soit, le sobriquet sammies apparait assez fréquemment dans la presse française, même si les Américains ne l'apprécient pas beaucoup.

- Un dessin de l'artiste américain Cecil Howard [3] publié dans La Baïonnette (n° 114, 6 septembre 1917, sur le thème des Sammies).

     Il illustre une poésie octosyllabique de Hugues Delorme [4] et figure "une bizarre machine" transformant l'or "brillant et sonore" de l'Oncle Sam en millions de "bons Sammies". Faut-il y voir la source d'inspiration de Pierre Mac Orlan et de Gus Bofa ? 


 H[ugues] Delorme et [Cecil] Howard
  La Baïonnette, 114, 1917-06-6
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Notes

[1] http://americanhistory.si.edu/blog/2013/09/uncle-sam-the-man-and-the-meme-the-origins-of-uncle-sam.html
https://fr.usembassy.gov/fr/education-culture-fr/les-etats-unis-de-z/oncle-sam/
[2] Documentation complémentaire et iconographie intéressante dans :  http://www.histoire-fr.com/mensonges_histoire_oncle_sam.htm
[3] Biographie très détaillée de Cecil Howard, sculpteur et dessinateur américain qui passa la moitié de son existence en France, dans : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cecil_Howard
[4] Hugues DELORME, pseudonyme de Georges-François THIEBOST (1868-1942), poète, humoriste et auteur dramatique.

mardi 25 décembre 2018


La boîte à joujoux de l'Oncle Sam


        Dans son numéro 39, daté du 31 décembre 1918, la revue L'Automobile aux armées publie sur une double page, un dessin de Jean Routier célébrant à sa manière, le rôle de l'intervention américaine dans la guerre dont les combats viennent d'être suspendus. Ce dessin en couleur, qualifié d'aquarelle dans le sommaire de la revue, figure le débarquement continu des troupes sur une plage de l'Atlantique : camions, batteries et surtout fantassins bien reconnaissables à leur casque : il s'agit du casque Model 1917, calqué sur le casque Mark 1 britannique [1].



  L’Automobile aux armées 1918-12-31
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     Je laisse aux spécialistes le soin de déterminer l'exactitude des détails de l'uniforme du fantassin (calot, cartouchière, bandes molletières, brodequin, etc.) et  de son armement (fusil Springfield M 1903 ?). 


  L’Automobile aux armées 1918-12-31
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     L'entrée en guerre des États-Unis, le 6 avril 1917, provoque un transfert considérable d'hommes et de matériel vers le vieux continent. Les premiers soldats débarquent à Saint-Nazaire en juin 1917, mais il faut attendre la fin du premier trimestre 1918 pour que les effectifs deviennent importants. Les débarquements ont alors lieu au rythme de plus de 200 000 par mois. Selon les estimations, au 11 novembre 1918, ce sont plus de 2 000 000 d'hommes et de femmes qui ont franchi l'Océan Atlantique [2].
     L'idée de représenter ce "réservoir" américain comme une boîte à joujoux est intéressante. La noria des bateaux évoque bien le caractère quasiment inépuisable de la ressource humaine et matérielle. 

     Comment, dans le même esprit, ne pas évoquer Gus Bofa qui avait illustré la couverture de La Baïonnette du 10 octobre 1918 - dont le thème était "A l'américaine" - d'une "machine à venger le droit" ? Sur le flanc de la machine est indiquée sa puissance de production : 10 000 par jour, 70 000 par semaine, 300 000 par mois, 3 500 000 par an, 35 000 000 par décennie, etc.. Une manière pour Bofa  de dénoncer le caractère de cette guerre qui a transformé l'homme en mécanique [3].


  La Baïonnette 1918-10-10
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


     Dans le même numéro, Pierre Mac Orlan en fait une description littéraire et tout aussi fantastique :



  La Baïonnette 1918-10-10
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Notes

[1] Un site dédié aux casques fournit toutes les précisions souhaitables avec un grand luxe de détails : https://www.world-war-helmets.com/fiche?q=Casque-US-Model-1917
[2] NICOLAS (Gilbert), JORET (Éric) et KOWALSKI (Jean-Marie) dir.- Images des Américains dans la Grande Guerre de la Bretagne au front de l’Ouest. Préface de Jean-Yves Le Drian. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, sd [2018], 242 p. , illustrations, reliure éditeur avec couv. illustrée.
[3] POLLAUD-DULIAN (Emmanuel).- Gus Bofa, l'enchanteur désenchanté. Paris : Éditions Cornélius, 2013, 550 p., couv cartonnée éditeur, jaquette illustré (Collection Victor). [p. 174-175 : dessin de la couverture et esquisse couleurs].