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lundi 17 août 2020

Jean Routier catalogué



      Lorsqu'on s'occupe d'un dessinateur, la question du sort qui lui est réservé post mortem se pose assez rapidement. Alors que le dessin de presse est, par nature, éphémère et destiné à l'oubli, il est intéressant de  rechercher ceux qui ont retenu l'attention des bibliothécaires et des chercheurs pour illustrer leur propos et qui ont donc été susceptibles de capter l'attention du lecteur contemporain.


      Je présente six dessins qui relèvent de deux types  :

 - certains jouent un simple rôle d'illustration dans l'évocation d'un personnage ou d'une anecdote et dont on pourrait donc se passer sans difficulté ;

- d'autres, ayant trait à  un événement ou à un fait de société, apparaissent comme le reflet d'une époque voire d'une vision politique portée par un journal ou un milieu social. Ils accèdent alors au statut de source historique et bénéficient d'une survie inattendue.

 

1- Un personnage : Voronoff 




   
 















     La biographie du docteur Serge Voronoff (1866-1951), due à Jean Réal, utilise un dessin de Jean Routier dont je n'ai pu déterminer exactement l'origine. Voronoff était un chirurgien, célèbre pour ses
expérimentation de greffes de testicules de chimpanzé sur l'homme, censées lutter contre la décrépitude [1].
Sur le dessin, un chauffeur de taxi brandit un journal portant en titre " Voronoff rajeunit les vieillards". La légende montre qu'il s'agit d'une publicité pour le carburateur Solex qui, lui, rajeunit les vieilles voitures.
                                                   ,   


Jean Routier, publicité Solex
 (reproduite dans l'ouvrage de  Jean Réal et dans l'article de Nicolas Guirimand [1]).


    Cet argumentaire s'explique assez bien. Dans les années 1920, Voronoff est suffisamment connu du public au point de devenir une des cibles des dessins satiriques (par ex., Le Canard enchaîné). Par ailleurs, Jean Routier - issu d'une famille de médecins : un père chirurgien à Paris, spécialiste de l'appendicite, un frère cardiologue et un grand-père médecin du roi Louis-Philippe - était  vraisemblablement bien informé des débats au sein du monde médical sur la validité des résultats. Quelle date assigner à ce dessin ? La première greffe de testicules de singe date de juin 1920, d'autres suivent dans les années suivantes. Pour sa part, Routier réalise plusieurs campagnes de publicité pour les carburateurs Solex : 1921-1924 ; 1927 ; 1937. A titre d'hypothèse, je propose de situer cette publicité dans les années 1921-23, dans un support tel qu'un programme de théâtre, par exemple le Théâtre de Paris.

     Un indice encore : en 1922, la marque Fit, spécialiste du recaoutchoutage, utilise aussi l'argument du rajeunissement en se qualifiant  de "Docteur Voronoff des pneus".



Le Journal, 14 octobre 1922. gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France




2- Une revue : L'Automobile aux Armées

 








 La Revue Historique des Armées a consacré son n° 288, 2017, à l'année 1917. Un article de Nathalie Denou présente la revue L'Automobile aux Armées, animée par Gaston de Pawlowski, et en souligne l'importance pour l'histoire du service automobile.



      Deux dessins de Routier - malencontreusement prénommé Paul dans cet article - sont reproduits à titre d'exemples. L'un extrait du n° 1 (février 1917) figure un tank ; le second est un bandeau, utilisé à plusieurs reprises dans la revue en 1917 (n° 3 p. 20 ; n° 4 p. 14 ; n° 5 p. 21 ; n° 8 p. 4) pour annoncer un concours.


Revue Historique des Armées, 288, 2017, p. 134

Voici les dessins en meilleure définition :



Jean Routier - L'Automobile aux armées, n° 1, 1917-02, p. 51 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France




Jean Routier - L'Automobile aux armées, n° 1, 1917-03, p. 20 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



3- Un évènement : le traité de Versailles (1919)

 

 

 Un ouvrage anglo-saxon consacré à la guerre 1914-1918 vue par les dessinateurs de presse utilise le dessin de Jean Routier paru dans Le Journal du 16 mai 1919 - Marianne et Germania - (voir mon billet du 31 octobre 2019) pour illustrer le traité de Versailles [2].



 

 

4- Un fait de société : les congés payés (1936)


Couverture




    


    






     Un ouvrage universitaire collectif consacré à la satire dans la presse des années 1930 ouvre sa quatrième partie (La satire fait peau neuve) par un dessin de Routier en pleine page ; il est repris dans un article de Marie-Astrid Charlier, maître de conférences à l'Université Paul Valéry, Montpellier, relatif au Canard enchaîné [3].

 


 

Coups de griffe, prises de bec, 2018

Coups de griffe, prises de bec, 2018, p. 141



      Il s'agit d'un dessin paru en couverture du Cri de Paris du 21 août 1936 dont je donne une reproduction plus lisible ci-dessous. L'été 1936 demeure dans les souvenirs comme celui des congés payés institués par la loi du 11 juin 1936 : deux semaines annuelles pour tous les salariés. Aujourd'hui, chaque rappel de cette mesure est illustré par des photos joyeuses de randonnées et de bains de mer. Ici, rien de tel. Cette image en donne une vision morose. Quelles en sont les raisons ?
  • Météorologiquement parlant, l'été 1936 ne fut pas fameux : un mois de juillet très pluvieux (un des plus pluvieux jamais enregistrés à Paris), les premières semaines d'août froides.
  •  Économiquement, la création de l'Office national du blé, destiné à revaloriser les produits agricoles et à "reconstituer la capacité d'achat des masses paysanne" entraînait mécaniquement une hausse du prix de pain (il passe de 1,60 F le kg à 1,70 F le 22 juillet ; 1,80 F le 8 août ; 1,90 F le 25 août ; 2,15 F le 7 septembre ; soit une augmentation de 34 %). Cette crainte portée par la mère de famille dans la légende du dessin s'ajoute à celle du chômage et de l'augmentation des prix à la consommation.
  • Enfin, Le Cri de Paris est un organe satirique, naturellement caustique avec le pouvoir en place d'autant qu'il n'a guère d'affinités avec le Front Populaire. J'aurai sans aucun doute l'occasion de revenir sur cette période.



Le Cri de Paris n° 2056, vendredi 21 aout 1936. source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)





5- Des opinions : la guerre d'Espagne (1936)





    










     
     En 1978, la Bibliothèque nationale célébra par une exposition le   trentième anniversaire de la mort de Georges Bernanos et l'entrée dans ses collections d'un fonds important de manuscrits, correspondances et papiers personnels de l'écrivain [4].    
    
     Deux dessins de Routier présentés lors de cette manifestation firent l'objet d'une notice, non illustrée, dans le catalogue. J'ajoute donc ici ces dessins à la suite de la reproduction de la notice du catalogue.





Le Cri de Paris n° 2040, vendredi 1er mai 1936. source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)


     La première couverture, datée du 1er mai 1936, s'adresse à l'électorat français à la veille du second tour des législatives. Il montre un électeur français, terrifié, au moment de glisser son bulletin dans l'urne, par la vision de la situation espagnole : église incendiée, cadavres en nombre ; pendaison d'un bourgeois ; fuite des femmes et des enfants. 

     Rappelons le contexte. L'Espagne est en crise. Les années suivant la chute de la monarchie (avril 1931) sont marquées par une agitation sociale parfois violente  et une instabilité gouvernementale. Tout est en débat : la constitution, la laïcisation de l'école, la place de l'armée, le statut des régions, la réforme agraire... Cela signifie la remise en cause de trois pouvoirs : l’Église, l'armée, l'aristocratie terrienne. A une phase réformatrice (1931-33) succède une période de réaction (1934-36) qui provoque des mouvements révolutionnaires. La victoire, aux élections du 16 février 1936, du Frente Popular, alliance des partis et des forces de gauche, suscite des actions directes (assauts contre des églises et couvents, grèves insurrectionnelles, occupations de terre). Il est difficile de préciser l'ampleur et la fréquence de ces "troubles" qui précèdent la guerre civile [5].

     Une partie de la presse française en dresse un tableau effroyable à l'occasion de la campagne électorale qui, en avril et mai 1936, oppose les forces politiques traditionnelles de droite et un Front Populaire allant des radicaux aux communistes. L’Écho de Paris [6], Le Figaro [7], Gringoire [8]  érigent le cas espagnol en épouvantail tandis que le journal radical L'Oeuvre rejette la responsabilité des troubles sur le fascisme. Je n'ai pas eu le loisir de dépouiller en détail Le Cri de Paris - dont la mise en ligne se fait attendre -  mais sa position ne doit pas être très éloignée de celle du quotidien Le Journal qui, dans son édition du 22 avril, titre : "Les gestes destructeurs du Front Populaire en Espagne doivent inspirer l'électeur français qui mettra son bulletin dans l'urne". Le dessin de Routier en semble directement inspiré. Après un premier tour indécis, le 26 avril, - 174 élus face à 424 ballotages - , qui a vu une nette percée du parti communiste, il s'agit d'éviter le "péril rouge". Le titre du dessin (L'Espagne sous le "front communiste" au lieu de "populaire") est bien révélateur de cette crainte d'une partie de l'opinion. On relèvera aussi que l'électeur représenté est vêtu comme un bourgeois.

     Un autre dessin de Jean Routier, consacré à l'Espagne, utilise le même "décor". Il s'agit d'un des nombreux bancs-titres qu'il a fournis à la Société Éclair-Journal pour les actualités diffusées dans les cinémas. Non daté mais légendé au dos "Barcelone sous les gouvernementaux", il annonçait sans doute la relation en images des journées de mai 1937 qui virent s’affronter violemment anarchistes et communistes libertaires partisans de la révolution sociale d'une part, forces gouvernementales républicaines et communistes d'autre part. La presse s'en fait l'écho : "Frères ennemis, anarchistes et marxistes se mitraillent dans les rues de Barcelone" (Le Journal, 5 mai 1937). 


Jean Routier - Barcelone sous les gouvernementaux. Banc-titre. Coll. SZR

     La seconde couverture, sélectionnée dans le catalogue Bernanos, datée du 28 août 1936, concerne les répercussions de la guerre d'Espagne dans les relations internationales alors que la France est dirigée par un gouvernement du Front Populaire.

 

 

Le Cri de Paris n° 2057, vendredi 28 aout 1936. source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

 

     Contexte :  en Espagne, le soulèvement militaire du 18 juillet 1936 contre le gouvernement légal du Frente Popular provoque une guerre civile. La République espagnole demande l'aide militaire de la France. Léon Blum, Président du Conseil, accepte et, conformément à l'accord de commerce de 1935 prévoyant la livraison de matériel de guerre français à Madrid, commence à organiser le transfert d'avions, d'armes et de munitions. Immédiatement, il se heurte à de très vives oppositions : celle - attendue - de la droite  [9] ; celle - décevante - de ses alliés radicaux ; celle - discrète mais déterminée - de l'allié britannique. Devant les risques intérieurs (le renversement du gouvernement et l'éclatement du Front Populaire mais aussi les réactions d'une opinion effrayée par le soutien aux rouges espagnols, voire un risque de guerre civile) et extérieurs (l'isolement de la France dans un conflit avec les dictatures), Blum qui songe à démissionner est contraint de renoncer à la poursuite de livraison d'armes. Toutefois la diplomatie française cherche à obtenir "une sorte d'abstention internationale" (selon les mots de Blum) et s'efforce d'élaborer et de négocier un pacte de non-immixion ou de non-intervention. Du 12 au 25 août, les cinq états les plus concernés - Grande-Bretagne, Portugal, Italie, Union Soviétique, Allemagne adhèrent au pacte [10].  

     Jean Routier met en scène "le drame espagnol" comme un opéra, avec un chœur des neutres. Curieusement, la Grande-Bretagne est absente de la scène alors que, stricte partisan de la neutralité, elle a été un acteur des négociations diplomatiques [11]. Curieusement aussi, alors que les dictatures sont représentées par leur leader respectif - Hitler, Staline, Mussolini -, la France l'est par Marianne comme si Blum n'était pas censé, en la circonstance, l'incarner.  

     Ce pacte sauva provisoirement la paix et le gouvernement. Il est parfois qualifié de "comédie juridique" (toujours le vocabulaire théâtral). Dans les faits, il ne fut guère respecté : Mussolini et Hitler considèrent l'Espagne comme un champ d'expériences et aident massivement le général Franco ; l'URSS répond au coup par coup. Dès lors, Blum, dès septembre 1936 pratique une "non intervention relâchée" ; lors de son second gouvernement en mars 1938, il envisage d'intensifier l'aide au gouvernement légal.Mais il était bien tard. Le drame espagnol fut une torture pour Léon Blum.

 

Notes

[1] Réal (Jean), Voronoff, Paris : Stock, 2001, 286 p., cahier central de 16 pl.  Sur Voronoff, j'ai aussi consulté :
-  F. Augier, E. Salf, J.-B. Nottet, Le docteur Samuel Serge Voronoff (1866-1951) ou "la quête de l'éternelle jeunesse", Histoire des Sciences médicales, XXX-2, 1996, p. 163-171.
URL : http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1996x030x002/HSMx1996x030x002x0163.pdf 
Guirimand (Nicolas), « De la réparation des « gueules cassées » à la « sculpture du visage ». La naissance de la chirurgie esthétique en France pendant l'entre-deux-guerres », Actes de la recherche en sciences sociales, 2005/1 (n° 156-157), p. 72-87. URL : https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2005-1-page-72.htm
Je remercie Nicolas Guirimand, maître de conférences à l'Université de Rouen, pour les informations qu'il m'a communiquées.

[2] Douglas (Roy), The Great War 1914-1918. The cartoonists' vision. Londres, New-York : Routledge, 1995,vii-157 p. [c.-r.  dans Histoire sociale/Social history, vol 30, n° 60, 1997, p. 470-71 par Jeff Keschen, U. of Ottawa (http://hssh.journals.yorku.ca/index.php/hssh/article/view/4713/3907)]

[3] Charlier (Marie-Astrid), Le Canard dans la mêlée, dans : Chabrier (Amélie), Charlier (Marie-Astrid) dir., Coups de griffe, prises de bec. La satire dans la presse des années trente, Bruxelles : Les Impressions nouvelles, 2018, p. 139-151. On en trouvera des extraits ici :
https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/33/files/2018/11/GriffeEXTRAIT.pdf

[4] Georges Bernanos : [exposition], Paris, Bibliothèque nationale, [28 septembre-5 novembre] 1978 / [catalogue par Florence Callu, Noëlle Giret, Marie-Hélène Tesnière] ; [avec la collaboration de René Rancœur] ; [préface de Georges Le Rider]. Paris : Bibliothèque nationale, 1978, XI-193 p. : ill.,

[5] Vilar (Pierre), Histoire de l'Espagne, Paris : PUF, 8e ed., 1971, p. 89, 102. Sur la violence, références et analyses plus récentes dans les travaux de François Godicheau (Université de Toulouse) :
Godicheau François, « Les violences de la guerre d’Espagne », Revue d’Histoire de la Shoah, 2008/2 (N° 189), p. 413-430. DOI : 10.3917/rhsho.189.0413. URL : https://www.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah-2008-2-page-413.htm
Id., "Guerre d'Espagne : la fin des légendes", L'Histoire, 427, septembre 2016 ;  https://www.lhistoire.fr/guerre-despagne%C2%A0-la-fin-des-l%C3%A9gendes
Id. , « La guerre civile espagnole, enjeux historiographiques et patrimoine politique », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2015/3 (N° 127), p. 59-75. DOI : 10.3917/ving.127.0059. URL : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2015-3-page-59.htm
 
[6] Voir les articles d’Henri de Kérillis dans L’Écho de Paris. "Le Front Populaire est à l’œuvre à nos portes ..." : anarchie ; désordres sanglants ; liberté restreinte (...). "L'Espagne est actuellement notre cobaye. La tragédie qui se déroule de l'autre côté des Pyrénées se reproduira trait pour trait dans notre pays si le "Front Populaire" conquiert le pouvoir le 26 avril et le 3 mai." (5 avril). "C'est au lendemain des élections que l'ordre peut être mis en péril" : (...) "De la victoire électorale rouge à la dictature révolutionnaire du pavé, il n'y a qu'un pas." (17 avril). "Le terrible exemple espagnol" : "...le sang coule à flots. L'impunité la plus absolue est assurée aux assassins." (19 avril), etc.

[7] Le Figaro dénonce le désordre (9 avril), la bolchevisation de l'Espagne (12 avril), les méfaits du Frente Popular (18 avril), les journées rouges de Madrid (23 avril).

[8] Gringoire publie un long reportage "L'Espagne à feu et à sang" (sur 5 numéros entre le 10 avril et le 8 mai). 

[9] Voir  par ex. un texte violent de François Mauriac (Le Figaro, 25 juillet 1936).

[10] Pour nuancer cette présentation schématique, lire la narration détaillée des journées allant du 18 juillet à la décision du 7 août, l'analyse de cette politique et de sa justification et enfin la conversion de Blum à l'interventionnisme dans : Lacouture (Jean), Léon Blum, Paris : éditions du Seuil, 1977, 595 p. [p. 341-396]

[11] Jean Lacouture cite ce propos attribué à Baldwin ou à Chamberlain : " Nous autres Anglais, nous haïssons le fascisme. Mais nous haïssons tout autant le bolchevisme. Si donc il est un pays où fascistes et bolchevistes s'entre-tuent, c'est grand bien pour l'humanité." (p. 355).

dimanche 18 juin 2017

Élections législatives (1932)


     Parmi les  383 couvertures du Cri de Paris dues à Jean Routier, j'en ai sélectionné dix relatives aux élections législatives de 1932 qui eurent lieu les 1er et 8 mai, et une onzième en guise d'épilogue. Sous la IIIe République, la Chambre des députés est élue au suffrage universel masculin direct pour quatre ans.

1- L'année des élections


Chez la voyante : - En 1932, je ne vois ni désarmement..., ni moratoire... ni chômage. Je vois les élections.
 Le cri de Paris n° 1814 - dimanche 3 janvier 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)


      Le dessin : Pierre Laval, président du Conseil depuis janvier 1931 (deux ministères successifs), vient consulter une voyante, en fait Georges Mandel, reconnaissable à son visage "en lame de couteau", à ses cheveux plaqués, à son nez, mais aussi à ses gants gris ou à la présence d'une chaufferette. Ce fidèle de Clemenceau (notez le portrait accroché au mur), isolé dans le milieu politique, victime d'un certain ostracisme, avait une réputation de Machiavel [1]. La légende du dessin évoque les sujets d'actualité : la Conférence du désarmement préparée depuis 1926 par la Société des Nations ; le moratoire Hoover qui avait suspendu pour un an, en juin 1931, le paiement des réparations de guerre que l'Allemagne disait être incapable de payer ; les tarifs douaniers qui ne suffisaient pas à limiter les importations ; le chômage, effet de la crise économique de 1929. Contre toute attente (du lecteur), ce n'est pas un de ces quatre thèmes qui marquerait l'année 1932, mais celui des élections législatives. Surtout pour Mandel qui se battait pour une réforme du mode de scrutin (voir ci-dessous).
La précédente Chambre des députés, élue en avril 1928, se composait ainsi : Droite (144 sièges), Centre (165), Gauche (271), donc une majorité gouvernementale de droite et du centre. Pendant cette période de 4 ans, 10 gouvernements se sont succédé.

2- Les partis se préparent


La conférence du désarmement : - Oui, le désarmement partout... mais pas ici !
Le cri de Paris n° 1816 - dimanche 17 janvier 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     La scène se passe à la Chambre des députés, dans la salle des pas perdus du Palais Bourbon, identifiable grâce à l'esquisse de la sculpture du Laocoon [2]. Au premier plan, un groupe de députés : de gauche à droite, Édouard Herriot (radical-socialiste), Léon Blum (SFIO), Édouard Daladier (radical-socialiste), Pierre Renaudel (SFIO), François Albert (radical-socialiste). La légende fait allusion au désarmement, c'est-à-dire à la Conférence pour la réduction et la limitation des armements (dite Conférence du désarmement) dont l'ouverture est prévue à Genève le 2 février 1932. Herriot était pour la paix, mais "non dans les nuages". Mais, l'objectif, à l'intérieur, est de résister aux sirènes de la droite. En effet, en janvier 1932, suite au décès de Maginot, ministre de la guerre, et à l'éviction d'Aristide Briand, ministre des affaires étrangères, Pierre Laval veut remanier son gouvernement et tenter de réaliser une union nationale. Il en fait la proposition à Herriot mais le parti radical décline l'offre :  "tout en  constatant la nécessité de l'union pour faire face à une situation grave, les radicaux socialistes ne pouvaient entrer dans un cabinet dont la majorité les combat dans le pays" [3]. Laval se contente alors d'un remaniement. Lors de la présentation du nouveau gouvernement Laval, le 22 janvier, le petit groupe représenté ci-dessus vote contre la question de confiance. Les radicaux préfigurent-ils ainsi une réédition du Cartel des gauches en vue des élections prochaines ?

3- Quel mode de scrutin ?


La suppression du second tour : - Et on veut nous ôter le plaisir de lire ça sur les murs !...
Le cri de Paris n° 1819 - dimanche 7 février 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     Le mode de scrutin a varié au cours de la IIIe République. En 1919 et 1924, c'était un scrutin de liste à un tour. En 1927 fut rétabli le scrutin majoritaire uninominal à deux tours qui prévalait avant guerre [4]. Ce sera aussi le cas en 1932, suite à l'échec d'une réforme électorale. Pour améliorer le fonctionnement des institutions, plusieurs hommes de droite souhaitent une restructuration des forces politiques et la constitution d'un grand parti conservateur libéral allant jusqu'aux radicaux. Un scrutin uninominal à un tour - à l'anglaise - favoriserait un regroupement des partis. Georges Mandel, est, à la Chambre, l'artisan de cette réforme qui provoque des débats acharnés.
Le projet de réforme électorale est adoptée par la Chambre des députés le 12 février par 290 voix contre 1, la gauche ayant abandonné le combat en quittant l'hémicycle. Ce projet implique le vote obligatoire et l'élection au premier tour à la majorité relative. En outre, un amendement d'Anatole de Monzie dispose que les femmes sont électrices et éligibles aux élections de la Chambre des députés [5].
Le dessin de Jean Routier, publié le 7 février, donc avant l'adoption du projet, brocarde la pratique électorale qui conduit les candidats à des postures acrobatiques entre les deux tours. Les propos de Georges Mandel dans L’Écho de Paris, au lendemain de son combat victorieux, sont encore plus explicites sur les inconvénients d'un deuxième tour et les positions contradictoires des élus pour satisfaire successivement tous leurs électeurs (cf. Annexe 1) [6].
Mais le Sénat enterre la réforme le 26 février. Mandel tente bien de reprendre le texte à la Chambre, mais, peu soutenu par Tardieu et en butte à l'hostilité de toute la gauche, il échoue.

4- Faire les élections ?


Le respect du suffrage universel : - Il nous faut l'Intérieur pour FAIRE les élections.
 Le cri de Paris n° 1822 - dimanche 28 février 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     La scène se passe encore dans la salle des pas perdus. L'Intérieur dont discute ce groupe de députés est bien sûr le ministère de l'Intérieur, objet de convoitises en période pré-électorale.
Le troisième gouvernement Laval, constitué le 14 janvier, est renversé par le Sénat le 16 février. Paul Painlevé, républicain socialiste, est chargé par le président Paul Doumer de constituer un gouvernement de conciliation incluant les radicaux. Il achoppe sur l'attribution du ministère de l'Intérieur qu'il décide de se réserver alors que la droite - parce qu'elle a la majorité - l'exige pour elle (19 février) et sur la place de Pierre Laval dans le dispositif (il voulait les Affaires étrangères, mais Painlevé avait déjà promis ce portefeuille à Joseph Paul-Boncour). Finalement, c'est André Tardieu qui constitue le nouveau gouvernement (20 février), l'Intérieur étant attribué au sénateur Albert Mahieu (Union démocratique et radicale, c'est-à-dire centre-droit) qui "rassure à la fois les partis de gouvernement de droite et de gauche" [7].

5- Fin de législature


Enfin ! L'unité nationale !! : -Bonne chance, à la prochaine !...
Le cri de Paris n° 1828 - dimanche 10 avril 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     La Chambre se sépare le vendredi 1er avril. La veille, le président du Conseil avait fixé les élections le 1er et le 8 mai. 
Dans son intervention consensuelle de remerciements à la Chambre, André Tardieu s'exprimait ainsi : "J'espère que, encore une fois, je retrouverai l'unanimité en disant que nous espérons tous nous retrouver tous ensemble le 1er juin" [8]. Routier représente cette "grande famille parlementaire" au moment de la séparation. Au premier plan, de gauche à droite : Louis Marin (Union républicaine démocratique = droite conservatrice) , Édouard Herriot (Radical-Socialiste), Georges Mandel (Indépendant républicain), Léon Blum (SFIO). Au second plan, on croit reconnaître Pierre Renaudel (SFIO), Paul Painlevé (républicain socialiste), Pierre Cot (radical). Ils seront réélus. La campagne de 1932 se déroulera sur un "schéma bipolaire" [9] : radicaux et SFIO d'un côté, droite de l'autre sous la direction d'André Tardieu.

6- La campagne


L'opposition n'en revient pas  : - Ce président est très méchant, quand on l'attaque il se défend.
 Le cri de Paris n° 1829 - dimanche 17 avril 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     Le dessin représente André Tardieu, Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères depuis le 20 février 1932. Muni de son éternel fume-cigarette - comme Herriot l'est de sa pipe -, il  est debout devant une table mise et surtout devant un micro qui occupe le premier plan. Cette couverture évoque le grand discours, dit de la salle Bullier, prononcé le mercredi 6 avril, qui lance véritablement la campagne électorale. Le discours intervient à l'issue d'un banquet. La salle Bullier était une vaste salle de bal, transformée pour l'occasion en salle de banquet [10]. La presse donne les chiffres (2000 convives, 300 maîtres d'hôtel, 60 chefs), le menu (potage, truites importées d’Écosse, poulets, foie gras venu d'Alsace, glaces, fruits), et le texte du discours d'une durée de 1h 30 [11]. Il s'agissait de dresser  le bilan de quatre ans de législature et de répondre point par point aux critiques en pointant les responsabilités. Celle des radicaux d'abord qui avaient quitté le gouvernement Poincaré d'Union nationale en novembre 1928 au lendemain du Congrès d'Angers, rupture qui a "pesé pendant plus de 40 mois sur la législature". Mais surtout celle des socialistes, leur "internationalisme téméraire", leur hostilité à la loi sur l'outillage national, etc. Dans ses propos conclusifs, le chef de la majorité est très clair : appel aux radicaux, rejet des socialistes.
"J'ai toujours, comme M. Poincaré, comme M. Briand, comme M. Laval, proposé à tous les républicains non socialistes de participer au pouvoir. (...) Je ne crois pas, dans ce discours, avoir prononcé un seul mot offensant pour des hommes dont je n'arrive pas à concevoir comme durable l'accord avec les socialistes.  (...) je déclare que les virulentes attaques dont le parti socialiste a pris l'initiative contre cette majorité, sont injustes et contraires à la vérité."
Commentant cette campagne, René Rémond écrit : "Tardieu s'engage personnellement dans la campagne, qui prend l'allure d'un duel entre les deux leaders, Herriot et Tardieu : il s'adresse au pays par la radio, dont c'est la première utilisation à des fins électorales ; la gauche s'offusque de cette intervention qui lui semble être du bonapartisme pur." [12]
En effet, en mars 1928, Raymond Poincaré, président du Conseil, avait interdit aux radios de diffuser des discours politiques en période électorale. Toutefois, le gouvernement conservait le droit de diffuser des informations. Tardieu, Reynaud en usèrent. Une interview en anglais de Tardieu à destination des américains avait beaucoup frappé la presse par son caractère novateur (cf. Annexe 2). Herriot obtint une dérogation pour son discours du 12 avril. Le Populaire, organe du Parti socialiste, dénonça avec vigueur et constance le scandale et l'injustice de ce monopole gouvernemental [13].

     La légende brocarde l’attitude de l'opposition qui aurait dû s'attendre à la réaction de Tardieu, attaqué sur sa politique. Routier adapte un adage connu (Cet animal est très méchant, quand on l'attaque il se défend) à la situation politique [14].

7- Quelles alliances ?


 Un vrai mariage de raison  : - Vivent les mariés !!!...
 Le cri de Paris n° 1831 - dimanche 1er mai 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

   
     Ce dessin ne correspond qu'à un vœu, celui du Cri de Paris et de l'opinion modéré qu'il représente. De numéro en numéro, le thème de l'Union nationale revient comme un leitmotiv. Au lendemain de l'émeute du 6 février 1934, Le Cri de Paris rappelait ce dessin : "Au moment des élections, nous avons publié un dessin intitulé "un mariage de raison" : les mariés, c'étaient M. André Tardieu et M. Édouard Herriot, que la foule acclamait. Il leur a fallu deux ans pour accomplir le geste que nous n'avons cessé de réclamer. S'ils descendent dans leur conscience, ils doivent regretter amèrement de ne l'avoir pas fait plus tôt, de s'être attardés à rechercher de vieilles responsabilités au lieu de s'entendre sur les remèdes." [15]
     De par son positionnement sur l'échiquier politique et la composition sociale - hétérogène - de son électorat, le parti radical est susceptible de s'allier sur sa gauche comme sir sa droite. D'ailleurs, l'exercice du pouvoir dans la durée n'est guère envisageable sans eux. Pour les élections de 1932, en dépit des incitations venues de la droite comme de la gauche, les radicaux veulent aller seuls à la bataille. A l'appel de Tardieu lancé dans le discours de la salle Bullier, Herriot répond par une fin de non recevoir, notamment parce que les radicaux, lors de leur expérience d'union nationale, se sont heurtés à "l'attitude constamment haineuse et violente des droites" ; il mène donc la charge contre la majorité sortante. Aux socialistes qui, par la voix de Blum, posent des conditions à un gouvernement commun de gauche, il ne répond pas. Son objectif n'est pas de négocier un programme commun de gouvernement avec la SFIO, mais de "proposer une solution centriste fondée sur les idées radicales" (Berstein). Certes, il n'envisage pas de rompre la discipline républicaine électorale, mais son souci est de ne pas compromettre le liberté de son parti [16].

8- Les résultats


Après les élections : - Bien taillé, maintenant il faut recoudre.
 Le cri de Paris n° 1832 - dimanche 8 mai 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     On relèvera la multiplicité des formations et la "profusion des références à la gauche pour des groupes de droite" traduisant le glissement progressif de ces groupes de la gauche à la droite (René Rémond). Le résultat est relativement net : la gauche est majoritaire dans le pays ; un million de voix séparent les partis de droite (3, 880 millions) des partis de gauche (4, 895 millions). En nombre de sièges, la répartition est la suivante :
Gauche : 12 communistes ; 11 socialistes communistes ; 129 socialistes SFIO ; 37 républicains socialistes ; 157 radicaux socialistes.
Modérés :  62 radicaux indépendants ; 16 démocrates populaires ; 72 républicains de gauche.
Droite conservatrice : 28 indépendants ; 76 union républicaine démocratique ; 5 conservateurs.

     Le deuxième tour a été décisif car la discipline républicaine a joué en dépit de la position des partis. Le Parti communiste, partisan d'une stratégie "classe contre classe" qui a refusé tout désistement a perdu  la moitié de ses électeurs. Il y a eu un cartel électoral, car "la majorité des élus radicaux ont été désignés grâce au report sur leur nom des suffrages socialistes, si bien que la politique du radicalisme seul s'accompagne de l'existence d'une majorité de gauche à la Chambre. Cette contradiction va peser sur l'expérience radicale qui débute en 1932 et la conduire à l'échec." (Berstein). On utilise l'expression "néo-cartel" mais il n'y aura pas de programme commun de gouvernement. La direction du parti radical, échaudée par l'échec du Cartel des gauches de 1924, n'entend pas gouverner avec les socialistes d'autant que les conditions posés par ces derniers leur paraissent inacceptables. Mais se contenter du "soutien", n'est-ce pas renouveler l'expérience de 1924 ? La France est donc bien divisée sur la politique à suivre [17].

9- Quelle majorité gouvernementale ?

 


La France veut l'union : - Assez de disputes. Regardez ce qui se passe autour de vous !
Le cri de Paris n° 1833 - dimanche 15 mai 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     Toujours ce thème de l'union. Le dessin souligne l'infantilisme de Herriot et Tardieu, admonestés par Marianne. Le traitement de l'arrière plan est intéressant qui évoque un environnement hostile : des nuages, une armée, Mussolini et Hitler alors que Léon Blum se jette dans les bras de l’ours soviétique au couteau entre les dents. On en revient au discours de Bullier. Alors que la formule du prochain gouvernement est encore indécise, le dessin veut montrer deux camps incompatibles : d'un coté des républicains que tout rapproche ; de l'autre un internationaliste téméraire suspect d'être anti-patriote.

     On ne doit pas s'étonner du long délai entre le deuxième tour des élections (8 mai) et la formation d'un nouveau gouvernement (3 juin). D'une part, cette période a été marquée par l'assassinat du président de la République, Paul-Doumer (le vendredi 6 mai, à la veille du second tour), l'élection de son successeur, Albert Lebrun, par le Congrès mais avec la Chambre des députés sortante (le 10 mai), des consultations à l’Élysée (24 mai), l'entrée en fonction de la nouvelle Chambre (1er juin). D'autre part, les chefs de partis ont attendu la réunion du congrès national des Socialistes (29 mai-2 juin) et les décisions qui y seraient prises. Les dessins de Gassier, proposés en Annexe 2, résument assez bien la situation. Le 2 juin, le Congrès rompt les pourparlers avec les radicaux. Le ministère Herriot sera à prédominance radicale ; le portefeuille des Finances sera attribué à Louis-Germain Martin, député de la Gauche radicale (= groupe centriste), pour rassurer les milieux d'affaires ; mais cela leur vaut l'hostilité des socialistes. Cette contradiction entre résultat des élections et vie parlementaire, source de renversement de majorité et d'instabilité gouvernementale, sera une des causes de l'antiparlementarisme. D'autres dessins de Routier fourniront un prétexte pour y revenir.

10- Quels élus ?


La rentrée : - N'oublie pas qu'on t'a envoyé ici pour t'occuper de l'intérêt général et non des intérêts particuliers.
 Le cri de Paris n° 1835 - dimanche 29 mai 1932 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     La rentrée parlementaire s'effectue le mercredi 1er juin 1932. La légende de ce dessin est suffisante en elle-même. On y ajoutera seulement, en écho, ces formules lapidaires de Georges Mandel, inlassable pourfendeur de la corruption :

 "Les vrais hommes d’État s'occupent du patrimoine de la nation et non de celui de leur famille".

" Il faudrait plaindre l'élu qui ne soupçonnerait pas les grands devoirs qui en résultent pour lui" [18].
 

11- En guise d'épilogue : 4 ans après


Avant les élections : - Bon débarras ! Mais pourvu que les nouveaux ne soient pas pires !!!
 Le cri de Paris n° 2033 - vendredi 13 mars 1936 
source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     Quatre ans plus tard, c'est aux statues des grands commis de l’État encadrant le bas des gradins de la façade du Palais Bourbon que Jean Routier laisse le soin de conclure la législature 1932-1936. Maximilien de Sully, le réformateur, s'adresse à Michel de l'Hospital, le conciliateur, pour un souhait désabusé.


Notes

[1] Sur Georges Mandel (1885-1944), voir http://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/(num_dept)/4952
[2] Cette sculpture provenant du château de Marly a été installée au Palais Bourbon en 1798.
[3] Motion du parti radical-socialiste, citée dans Le Journal, 13 janvier 1932, p. 4.
[4] GROSSER (Alfred).- La politique en France. Paris : Armand Colin, 1964, p. 78-84 (Coll. U).
[5] Journal officiel de la République française, 13 février 1932. Débats parlementaires : chambre des députés, p. 649. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6296891m/f41.vertical
[6] L’Écho de Paris, 13 février 1932. Texte reproduit ci-dessus en Annexe 1.
[7] L’Écho de Paris, 23 février 1932.
[8] Journal officiel de la République française, 31 mars 1932. Débats parlementaires : chambre des députés, p. 2035. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6236906z/f131.vertical#
[9] RÉMOND (René).- Notre siècle (de 1918 à 1988). Fayard, 1988, 1012 p. [ p. 120] (Histoire de France sous la dir. de Jean Favier, 6).
[10] Salle définitivement fermée en 1940 et démolie après guerre. Son emplacement correspond à l'actuel Centre Jean Sarrailh (CROUS), avenue Georges Bernanos, Paris, Ve.
[11] Le discours est publié in extenso dans les principaux quotidiens du 7 avril (L’Écho de Paris, Le Figaro, Le Journal, Le Petit Parisien, Ouest Éclair) ou du 8 (La Croix, Le Temps). De larges extraits dans L'Excelsior, Le Matin.
[12] Cf. note 9.
[13] Le Populaire, 14, 20, 24, 25, 26, 28 avril ; 6 mai. Concernant l'interdiction, Le Populaire mentionne un décret de mars 1928, puis un arrêté, et enfin une circulaire du 12 mars 1928. Je n'ai pas vérifié la nature du texte incriminé, mais il semble bien que ce soit une circulaire (Cf. Annexe 2).
[14] Routier affectionne cet adage qu'il utilise à nouveau le 28 avril 1934 au sujet de la note Barthou à la Conférence du Désarmement et le 18 octobre 1935 pour le Cinéma qu'il juge attaqué par le ministre Roustan. J'y reviendrai.
[15]  Le Cri de Paris, 1925, 17 février 1934, p. 7.
[16] Sur cette position, j'ai consulté BERSTEIN (Serge).- Histoire du Parti Radical. Tome 2. Crise du radicalisme (1926-1939). Paris : Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 1982, 666 p. [p. 191 ss]. Exposé commode dans BERSTEIN (Serge). Les radicaux, dans : BECKER (Jean-Jacques), CANDAR (Gilles). Histoire des gauches en France, vol. 2, Paris : La découverte, 2004, p. 9-26.
[17] Les résultats et les commentaires sont tirés de BERSTEIN (Serge). La France des années 30. Paris : Armand Colin, 1995, 186 p. [p. 57-58]. Voir aussi RÉMOND (René).- La droite en France de la première Restauration à la Ve République. Paris : Aubier, 1963, 414 p. [p. 206]
[18] FAVREAU (Bertrand).- Georges Mandel ou la passion de la République. Paris :Fayard, 1996, 568 p. [p. 33, 236].


Annexes

1- La réforme électorale de Mandel



L’Écho de Paris 13 février 1932
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

[le dessin de Sennep représente Mandel]

2- L'utilisation de la T.S.F.


 Le Journal 9 avril 1932
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France





  Le Populaire 6 mai 1932
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

3- Le dilemme des radicaux vu par J. Sennep et H.-P. Gassier



 Daladier et Herriot lançant des invitations ; François Albert en chat.
 J. Sennep, L’Écho de Paris 14 mai 1932
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Édouard Herriot et Léon Blum
  J. Sennep, L’Écho de Paris 21 mai 1932
 gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



 Ou Allons-Nous ?
- Vers la concentration ? [Louis Marin ; Tardieu, Herriot, Painlevé ; Blum]
- Le cartel ? [Herriot et Blum fumant la pipe de Herriot]
- Le soutien ? [Blum poussant Herriot, sous le regard de Tardieu et Reynaud]
- Je demande à réfléchir [Herriot]
H.P. Gassier, Le Journal 18 mai 1932
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


 Le pacte - Signe ! [trois diables (de droite à gauche : Blum, Renaudel, et peut-être J.-B. Sèverac secrétaire adjoint de la SFIO) présentent des conditions de participation à l'ange Herriot.
Aux Champs-Élysées -  Seigneur, protégez-moi ! [Herriot et Albert Lebrun, nouveau président de la République]
Le retour aux Enfers - Vade, retro Satanas
H.P. Gassier, Le Journal 28 mai 1932
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Les Grandes compétitions - Une pipe bien disputée [de g. à dr. : Fernand Bouisson, président de la Chambre des députés tenant la cloche de l'Assemblée ; Flandin, Reynaud, Tardieu, Herriot à cheval sur sa pipe ; Blum, Renaudel , SFIO non identifié]
 H.P. Gassier, Le Journal 9 juin 1932
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France