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samedi 31 décembre 2022

 Jean Routier catalogué (2)


     Dans un précédent billet (17 août 2020), j'avais présenté six dessins de Jean Routier utilisés post-mortem, dans cinq rubriques. J'y esquissais une typologie en deux catégories selon la visée de l'utilisateur qui peut être soit illustrative soit documentaire. J'en ajoute une troisième, bio-bibliographique, qui concerne au premier chef ce blog dont c'est l'objectif et qui sera concernée dans la prochaine livraison.
 
     Ce nouveau billet présente, en suivant la numérotation adoptée dans le précédent, quatre nouveaux dessins réutilisés issus de sa production de dessinateur "éditorialiste".
 

6- Le témoin de son temps 

     The Journal of Modern History, publié par les Presses de l'Université de Chicago a utilisé en couverture, déjà à deux reprises [1], un dessin de Jean Routier issu du Cri de Paris.  
 
     Cette revue se qualifie de principale revue mondiale pour tous les aspects de l'histoire européenne depuis la Renaissance.




The Journal of Modern History - https://www.journals.uchicago.edu/journals/jmh/lrf


Le Cri de Paris n° 2182 - 20 janvier 1939 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

     Il s'agit de la couverture du n° 2182 du Cri de Paris, daté du 20 janvier 1939, qui représente sur fond de carte de l'Europe un petit Mussolini, les pieds bien ancrés sur le sol italien, mais dont la grande ombre projetée sur le continent est celle de Hitler. La légende est brève : "La menace". Le texte de la p. 8 de l'hebdomadaire critique l'attitude des démocraties vis à vis de l'Italie fasciste et notamment de Chamberlain. Le ministre français des Affaires étrangères dont le nom n'est pas cité [2], n'est pas épargné, pour avoir reçu Von Ribbentrop, son homologue allemand, à Paris et signé avec lui  un accord bipartite. La menace, c'est l'axe Rome-Berlin. 
 
Le Cri de Paris - 20 janvier 1939 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

 

7- Le commentateur politique

     
     La Contemporaine [3], a mis en ligne une exposition virtuelle intitulée "Caricature et Violence de l'Histoire", composée de deux volets : un parcours chronologique (des années 1820 à 2018) et un parcours thématique. La section "D'une après-guerre à l'autre" (sous-section 1918-1939) utilise trois couvertures du Cri de Paris dessinées par Jean Routier. Leur reproduction  est assortie d'un bref commentaire dû à Sofiane Taouchichet [4].

 

La fin des réparations

 

Jean Routier - Le Cri de Paris n° 1944 - samedi 30 juin  1934 -  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     
     Dans une boutique garnie de produits, une femme nazie (identifiable à Germania) refuse d'honorer les factures présentées par les alliés (Marianne pour la France, John Bull pour la Grande Bretagne, Oncle Sam pour les États-Unis). Le titre "L'Allemagne ne paiera pas" est explicite : il fait référence à la décision de l'Allemagne, le 14 juin 1934, de mettre fin au paiement des réparations et de ne plus honorer ses dettes. L'histoire des réparations imposées à l'Allemagne par le traité de Versailles pour compenser les pertes et les dommages subis par les alliés est un véritable feuilleton, marqué par des crises et des ajustements : conférence de Cannes (1922), occupation militaire de la Ruhr (1923), plan Dawes (1924), plan Young (1929), moratoire Hoover (1931), conférence de Lausanne (1932). Les propos prêtés à Germania par Jean Routier ("J'avais fait faillite deux fois et vous avez continué à me fournir ... Tant pis pour vous !") font allusion aux défauts financiers de l'Allemagne en 1923 puis en 1931.
     D'autres couvertures du Cri de Paris permettraient d'aborder d'autres pans de cette histoire, en illustrant les désaccords entre alliés. Les Anglo-Saxons, inquiets d'un effondrement économique de l'Allemagne - cliente de leur industrie - et des risques d'un basculement dans la sphère bolchevique, s'opposent à la France qui cherche à obtenir des garanties sur ses frontières et soumet le paiement de ses dettes aux américains à la stricte exécution des traités par l'Allemagne.
 
 

Des ingérences soviétiques ?



Jean Routier - Le Cri de Paris n° 2003 - vendredi 16 août 1935 -  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
 
     Une manifestation violente : cris, poing levé, drapeau rouge, jets de pavés depuis une barricade, un homme étendu à terre avec du sang. En arrière plan, des bateaux. Dans un médaillon, l’image classique de l'homme au couteau entre les dents, symbole du bolchevisme [5]. Cette scène d'émeute est accompagnée d'une légende "explicative" : "L'amitié soviétique ... se manifeste dans nos ports".
     Il suffit de consulter les journaux des jours précédents pour apprendre que de graves désordres se sont produits dans les arsenaux, à Brest et à Toulon [6]. La cause directe en est l'application des décrets-loi du gouvernement Laval qui, dans le cadre d'une politique de déflation, prévoit une baisse autoritaire de tous les revenus notamment salariaux. Ces événements sont diversement interprétés. En effet, les affrontements avec les forces de l'ordre (trois morts et 250 blessés à Brest, deux morts et 50 blessés à Toulon) dépassent la forme habituelle des revendications sociales. Dès le 7 août, Le Journal écrit que "les procédés employés (...) indiquent assez que les meneurs communistes sont les vrais responsables des sanglants désordres (...)". La presse emploie les termes de journées sanglantes, d'explosion, d'émeutes, de tentative de coup d’État.

Affiche commandée à Henri Petit par le Comité de propagande des Républicains nationaux en 1934.


     Dès le 9 août 1935, Le Cri de Paris  évoque des menées communistes. Dans son numéro du 16 août, Le Cri de Paris publie trois échos. Le premier (p. 7), satirique,  note la tentation de réduire les faits à des bagarres habituelles dans les ports ; le second (p. 11-12, avec une vignette d'un ouvrier allumant une mèche, dessin de Routier) expose la thèse d'un mouvement pré-révolutionnaire ; le troisième (p. 14) fait un raisonnement géo-politique complexe (la France confrontée à des troubles révolutionnaires serait dans l'incapacité de soutenir la Pologne qui doit faire face aux menées national-socialistes dans le port de Dantzig, donc les moscoutaires en France donnent une arme à l'Allemagne hitlérienne). 
     L'amitié soviétique évoquée en légende se rapporte au rapprochement avec l'Union soviétique amorcé et négocié par Louis Barthou (assassiné le 9 octobre 1934) et poursuivi par Laval qui a signé un pacte d'assistance avec Staline (2 mai 1935) que d'aucuns jugeaient inopérant. Quoi qu'il en soit, les événements dans les arsenaux prouvent pour une partie de la presse la duplicité soviétique, ce qu'illustre Jean Routier [7].

Le Journal - 7 août 1935 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Le Cri de Paris -9 août 1935 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Contre les dictatures

 
Jean Routier - Le Cri de Paris n° 2058 - 4 septembre1936 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



     C'est, semble-t-il, une constante du Cri de Paris que sa dénonciation des dictatures. On aura l'occasion d'y revenir. La couverture du 4 septembre 1936  est provoquée par les purges staliniennes d'août 1936. Le procès des 16 (dit du Centre terroriste trotskyste-zinoviéviste) est le premier des procès de Moscou, du 19 au 24 août 1936 qui permit à Staline d'éliminer tous ses opposants - ou supposés tels - dont Zinoviev et Kamenev, anciens compagnons de Lénine. Leur exécution le 25 août ne provoqua que peu de réactions dans le monde occidental.
 
 
Le Cri de Paris n° 2057 - 28 août1936 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 
 
     Jean Routier met en scène Staline aux mains ensanglantées s'adressant à Hitler : "Pourquoi cet air dégoûté, camarade Hitler ? Nous sommes faits pour nous serrer la main." Sur les murs du fond, au-dessus de corps manifestement exécutés, deux dates : août 1936 (le procès des 16) ; juin 1934 (nuit du 29 au 30 juin 1934 dite des longs couteaux, pendant laquelle Hitler liquida les rebelles des S.A. et plusieurs centaines d'opposants). Prémonition du pacte germano soviétique d'août 1939.
 
     Comment ne pas rapprocher cette couverture de celle du 21 juillet 1934 légendée "L’Allemagne nous tend la main" qui est une des plus percutantes produites par Jean Routier ? C'est une réaction au discours radiodiffusé de Rudolf Hess, représentant du Führer, le 8 juillet 1934, lançant aux Français un appel de paix.
 

Jean Routier - Le Cri de Paris n° 1947 - 21 juillet 1934 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

 Notes

[1] n° 91/4, décembre 2019 ; 94/04, décembre 2022.

[2] Georges Bonnet  (Gouvernement Daladier), pacifiste, partisan d'une politique d'apaisement et disposé à faire des concessions à Hitler. La déclaration franco-allemande est signé le 6 décembre 1938 ; elle affirme la volonté de développer des relations pacifiques et de bon voisinage, elle reconnaît les frontières entre les deux pays comme définitives, et déclare que les deux pays se consulteront en cas de difficultés internationales.Voir le texte dans Le Journal du 7 décembre.  Une analyse des conceptions des deux signataires est proposée par Wolfgang Geiger, "La déclaration franco-allemande du 6 décembre 1938 : un événement sous estimé", dans : Les Temps Modernes, 54-605, août-octobre 1999, p. 240-267.

[3] "La contemporaine. Bibliothèque, archives musée des mondes contemporains". C'est le nouveau nom, depuis 2018 de la "Bibliothèque de documentation internationale contemporaine" (BDIC), elle même héritière de la "Bibliothèque-Musée de la Guerre (BMG), créée en 1917. Cette institution est désormais installée sur le campus de l'Université de Paris Nanterre. Elle édite la revue Matériaux pour l'Histoire depuis 1985 (en ligne sur Persée jusqu'en 2005 et sur Cairn depuis 2006). Pour l'historique, voir Hue Joseph. "De la Bibliothèque-Musée de la Guerre à la BDIC". dans : Matériaux pour l'histoire de notre temps, n° 49-50, 1988 (La BDIC à l'aube du XXIe siècle, sous la dir. de René Girault), p. 5-6 [article en ligne : www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1998_num_49_1_410676

Pour accéder à La contemporaine :  http://www.lacontemporaine.fr 

Lien vers l'exposition virtuelle "Caricature et violence de l'Histoire" section "D'une après guerre à l'autre" (sous section 1918-1939)  pour accéder aux visuels et aux commentaires dans les cartels.

[4] Les reproductions données ici ne sont pas celles issues des collections de La contemporaine, mais leur équivalent à la BnF. De même, je livre ici mes propres commentaires des couvertures mais le lecteur peut consulter les cartels de l'exposition qui ne diffèrent pas sur le fond.

[5] Alexandre Sumpf, « De l'antibolchevisme à l'anticommunisme », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/antibolchevisme-anticommunisme

[6] Par exemple, Le Journal entre le 7 et le 10 août 1935. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7631804d/f1.item

[7] Pour un exposé détaillé des faits, des réactions, et des conséquences, voir Alain Le Moigne, "Août 1935 à Brest : un souffle révolutionnaire aujourd’hui oublié", Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, t. 90, 2012, p. 191-213 (en ligne : https://m.shabretagne.com/scripts/files/5f46773e9505b0.63169536/2012_09.pdf). Voir aussi Danielle Tartakowsky, « Stratégies de la rue. 1934-1936 », Le Mouvement social, no 135,‎ 1986, p. 31–62 [p. 57-58] (en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56211598/f33.item)


lundi 17 août 2020

Jean Routier catalogué



      Lorsqu'on s'occupe d'un dessinateur, la question du sort qui lui est réservé post mortem se pose assez rapidement. Alors que le dessin de presse est, par nature, éphémère et destiné à l'oubli, il est intéressant de  rechercher ceux qui ont retenu l'attention des bibliothécaires et des chercheurs pour illustrer leur propos et qui ont donc été susceptibles de capter l'attention du lecteur contemporain.


      Je présente six dessins qui relèvent de deux types  :

 - certains jouent un simple rôle d'illustration dans l'évocation d'un personnage ou d'une anecdote et dont on pourrait donc se passer sans difficulté ;

- d'autres, ayant trait à  un événement ou à un fait de société, apparaissent comme le reflet d'une époque voire d'une vision politique portée par un journal ou un milieu social. Ils accèdent alors au statut de source historique et bénéficient d'une survie inattendue.

 

1- Un personnage : Voronoff 




   
 















     La biographie du docteur Serge Voronoff (1866-1951), due à Jean Réal, utilise un dessin de Jean Routier dont je n'ai pu déterminer exactement l'origine. Voronoff était un chirurgien, célèbre pour ses
expérimentation de greffes de testicules de chimpanzé sur l'homme, censées lutter contre la décrépitude [1].
Sur le dessin, un chauffeur de taxi brandit un journal portant en titre " Voronoff rajeunit les vieillards". La légende montre qu'il s'agit d'une publicité pour le carburateur Solex qui, lui, rajeunit les vieilles voitures.
                                                   ,   


Jean Routier, publicité Solex
 (reproduite dans l'ouvrage de  Jean Réal et dans l'article de Nicolas Guirimand [1]).


    Cet argumentaire s'explique assez bien. Dans les années 1920, Voronoff est suffisamment connu du public au point de devenir une des cibles des dessins satiriques (par ex., Le Canard enchaîné). Par ailleurs, Jean Routier - issu d'une famille de médecins : un père chirurgien à Paris, spécialiste de l'appendicite, un frère cardiologue et un grand-père médecin du roi Louis-Philippe - était  vraisemblablement bien informé des débats au sein du monde médical sur la validité des résultats. Quelle date assigner à ce dessin ? La première greffe de testicules de singe date de juin 1920, d'autres suivent dans les années suivantes. Pour sa part, Routier réalise plusieurs campagnes de publicité pour les carburateurs Solex : 1921-1924 ; 1927 ; 1937. A titre d'hypothèse, je propose de situer cette publicité dans les années 1921-23, dans un support tel qu'un programme de théâtre, par exemple le Théâtre de Paris.

     Un indice encore : en 1922, la marque Fit, spécialiste du recaoutchoutage, utilise aussi l'argument du rajeunissement en se qualifiant  de "Docteur Voronoff des pneus".



Le Journal, 14 octobre 1922. gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France




2- Une revue : L'Automobile aux Armées

 








 La Revue Historique des Armées a consacré son n° 288, 2017, à l'année 1917. Un article de Nathalie Denou présente la revue L'Automobile aux Armées, animée par Gaston de Pawlowski, et en souligne l'importance pour l'histoire du service automobile.



      Deux dessins de Routier - malencontreusement prénommé Paul dans cet article - sont reproduits à titre d'exemples. L'un extrait du n° 1 (février 1917) figure un tank ; le second est un bandeau, utilisé à plusieurs reprises dans la revue en 1917 (n° 3 p. 20 ; n° 4 p. 14 ; n° 5 p. 21 ; n° 8 p. 4) pour annoncer un concours.


Revue Historique des Armées, 288, 2017, p. 134

Voici les dessins en meilleure définition :



Jean Routier - L'Automobile aux armées, n° 1, 1917-02, p. 51 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France




Jean Routier - L'Automobile aux armées, n° 1, 1917-03, p. 20 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



3- Un évènement : le traité de Versailles (1919)

 

 

 Un ouvrage anglo-saxon consacré à la guerre 1914-1918 vue par les dessinateurs de presse utilise le dessin de Jean Routier paru dans Le Journal du 16 mai 1919 - Marianne et Germania - (voir mon billet du 31 octobre 2019) pour illustrer le traité de Versailles [2].



 

 

4- Un fait de société : les congés payés (1936)


Couverture




    


    






     Un ouvrage universitaire collectif consacré à la satire dans la presse des années 1930 ouvre sa quatrième partie (La satire fait peau neuve) par un dessin de Routier en pleine page ; il est repris dans un article de Marie-Astrid Charlier, maître de conférences à l'Université Paul Valéry, Montpellier, relatif au Canard enchaîné [3].

 


 

Coups de griffe, prises de bec, 2018

Coups de griffe, prises de bec, 2018, p. 141



      Il s'agit d'un dessin paru en couverture du Cri de Paris du 21 août 1936 dont je donne une reproduction plus lisible ci-dessous. L'été 1936 demeure dans les souvenirs comme celui des congés payés institués par la loi du 11 juin 1936 : deux semaines annuelles pour tous les salariés. Aujourd'hui, chaque rappel de cette mesure est illustré par des photos joyeuses de randonnées et de bains de mer. Ici, rien de tel. Cette image en donne une vision morose. Quelles en sont les raisons ?
  • Météorologiquement parlant, l'été 1936 ne fut pas fameux : un mois de juillet très pluvieux (un des plus pluvieux jamais enregistrés à Paris), les premières semaines d'août froides.
  •  Économiquement, la création de l'Office national du blé, destiné à revaloriser les produits agricoles et à "reconstituer la capacité d'achat des masses paysanne" entraînait mécaniquement une hausse du prix de pain (il passe de 1,60 F le kg à 1,70 F le 22 juillet ; 1,80 F le 8 août ; 1,90 F le 25 août ; 2,15 F le 7 septembre ; soit une augmentation de 34 %). Cette crainte portée par la mère de famille dans la légende du dessin s'ajoute à celle du chômage et de l'augmentation des prix à la consommation.
  • Enfin, Le Cri de Paris est un organe satirique, naturellement caustique avec le pouvoir en place d'autant qu'il n'a guère d'affinités avec le Front Populaire. J'aurai sans aucun doute l'occasion de revenir sur cette période.



Le Cri de Paris n° 2056, vendredi 21 aout 1936. source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)





5- Des opinions : la guerre d'Espagne (1936)





    










     
     En 1978, la Bibliothèque nationale célébra par une exposition le   trentième anniversaire de la mort de Georges Bernanos et l'entrée dans ses collections d'un fonds important de manuscrits, correspondances et papiers personnels de l'écrivain [4].    
    
     Deux dessins de Routier présentés lors de cette manifestation firent l'objet d'une notice, non illustrée, dans le catalogue. J'ajoute donc ici ces dessins à la suite de la reproduction de la notice du catalogue.





Le Cri de Paris n° 2040, vendredi 1er mai 1936. source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)


     La première couverture, datée du 1er mai 1936, s'adresse à l'électorat français à la veille du second tour des législatives. Il montre un électeur français, terrifié, au moment de glisser son bulletin dans l'urne, par la vision de la situation espagnole : église incendiée, cadavres en nombre ; pendaison d'un bourgeois ; fuite des femmes et des enfants. 

     Rappelons le contexte. L'Espagne est en crise. Les années suivant la chute de la monarchie (avril 1931) sont marquées par une agitation sociale parfois violente  et une instabilité gouvernementale. Tout est en débat : la constitution, la laïcisation de l'école, la place de l'armée, le statut des régions, la réforme agraire... Cela signifie la remise en cause de trois pouvoirs : l’Église, l'armée, l'aristocratie terrienne. A une phase réformatrice (1931-33) succède une période de réaction (1934-36) qui provoque des mouvements révolutionnaires. La victoire, aux élections du 16 février 1936, du Frente Popular, alliance des partis et des forces de gauche, suscite des actions directes (assauts contre des églises et couvents, grèves insurrectionnelles, occupations de terre). Il est difficile de préciser l'ampleur et la fréquence de ces "troubles" qui précèdent la guerre civile [5].

     Une partie de la presse française en dresse un tableau effroyable à l'occasion de la campagne électorale qui, en avril et mai 1936, oppose les forces politiques traditionnelles de droite et un Front Populaire allant des radicaux aux communistes. L’Écho de Paris [6], Le Figaro [7], Gringoire [8]  érigent le cas espagnol en épouvantail tandis que le journal radical L'Oeuvre rejette la responsabilité des troubles sur le fascisme. Je n'ai pas eu le loisir de dépouiller en détail Le Cri de Paris - dont la mise en ligne se fait attendre -  mais sa position ne doit pas être très éloignée de celle du quotidien Le Journal qui, dans son édition du 22 avril, titre : "Les gestes destructeurs du Front Populaire en Espagne doivent inspirer l'électeur français qui mettra son bulletin dans l'urne". Le dessin de Routier en semble directement inspiré. Après un premier tour indécis, le 26 avril, - 174 élus face à 424 ballotages - , qui a vu une nette percée du parti communiste, il s'agit d'éviter le "péril rouge". Le titre du dessin (L'Espagne sous le "front communiste" au lieu de "populaire") est bien révélateur de cette crainte d'une partie de l'opinion. On relèvera aussi que l'électeur représenté est vêtu comme un bourgeois.

     Un autre dessin de Jean Routier, consacré à l'Espagne, utilise le même "décor". Il s'agit d'un des nombreux bancs-titres qu'il a fournis à la Société Éclair-Journal pour les actualités diffusées dans les cinémas. Non daté mais légendé au dos "Barcelone sous les gouvernementaux", il annonçait sans doute la relation en images des journées de mai 1937 qui virent s’affronter violemment anarchistes et communistes libertaires partisans de la révolution sociale d'une part, forces gouvernementales républicaines et communistes d'autre part. La presse s'en fait l'écho : "Frères ennemis, anarchistes et marxistes se mitraillent dans les rues de Barcelone" (Le Journal, 5 mai 1937). 


Jean Routier - Barcelone sous les gouvernementaux. Banc-titre. Coll. SZR

     La seconde couverture, sélectionnée dans le catalogue Bernanos, datée du 28 août 1936, concerne les répercussions de la guerre d'Espagne dans les relations internationales alors que la France est dirigée par un gouvernement du Front Populaire.

 

 

Le Cri de Paris n° 2057, vendredi 28 aout 1936. source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

 

     Contexte :  en Espagne, le soulèvement militaire du 18 juillet 1936 contre le gouvernement légal du Frente Popular provoque une guerre civile. La République espagnole demande l'aide militaire de la France. Léon Blum, Président du Conseil, accepte et, conformément à l'accord de commerce de 1935 prévoyant la livraison de matériel de guerre français à Madrid, commence à organiser le transfert d'avions, d'armes et de munitions. Immédiatement, il se heurte à de très vives oppositions : celle - attendue - de la droite  [9] ; celle - décevante - de ses alliés radicaux ; celle - discrète mais déterminée - de l'allié britannique. Devant les risques intérieurs (le renversement du gouvernement et l'éclatement du Front Populaire mais aussi les réactions d'une opinion effrayée par le soutien aux rouges espagnols, voire un risque de guerre civile) et extérieurs (l'isolement de la France dans un conflit avec les dictatures), Blum qui songe à démissionner est contraint de renoncer à la poursuite de livraison d'armes. Toutefois la diplomatie française cherche à obtenir "une sorte d'abstention internationale" (selon les mots de Blum) et s'efforce d'élaborer et de négocier un pacte de non-immixion ou de non-intervention. Du 12 au 25 août, les cinq états les plus concernés - Grande-Bretagne, Portugal, Italie, Union Soviétique, Allemagne adhèrent au pacte [10].  

     Jean Routier met en scène "le drame espagnol" comme un opéra, avec un chœur des neutres. Curieusement, la Grande-Bretagne est absente de la scène alors que, stricte partisan de la neutralité, elle a été un acteur des négociations diplomatiques [11]. Curieusement aussi, alors que les dictatures sont représentées par leur leader respectif - Hitler, Staline, Mussolini -, la France l'est par Marianne comme si Blum n'était pas censé, en la circonstance, l'incarner.  

     Ce pacte sauva provisoirement la paix et le gouvernement. Il est parfois qualifié de "comédie juridique" (toujours le vocabulaire théâtral). Dans les faits, il ne fut guère respecté : Mussolini et Hitler considèrent l'Espagne comme un champ d'expériences et aident massivement le général Franco ; l'URSS répond au coup par coup. Dès lors, Blum, dès septembre 1936 pratique une "non intervention relâchée" ; lors de son second gouvernement en mars 1938, il envisage d'intensifier l'aide au gouvernement légal.Mais il était bien tard. Le drame espagnol fut une torture pour Léon Blum.

 

Notes

[1] Réal (Jean), Voronoff, Paris : Stock, 2001, 286 p., cahier central de 16 pl.  Sur Voronoff, j'ai aussi consulté :
-  F. Augier, E. Salf, J.-B. Nottet, Le docteur Samuel Serge Voronoff (1866-1951) ou "la quête de l'éternelle jeunesse", Histoire des Sciences médicales, XXX-2, 1996, p. 163-171.
URL : http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1996x030x002/HSMx1996x030x002x0163.pdf 
Guirimand (Nicolas), « De la réparation des « gueules cassées » à la « sculpture du visage ». La naissance de la chirurgie esthétique en France pendant l'entre-deux-guerres », Actes de la recherche en sciences sociales, 2005/1 (n° 156-157), p. 72-87. URL : https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2005-1-page-72.htm
Je remercie Nicolas Guirimand, maître de conférences à l'Université de Rouen, pour les informations qu'il m'a communiquées.

[2] Douglas (Roy), The Great War 1914-1918. The cartoonists' vision. Londres, New-York : Routledge, 1995,vii-157 p. [c.-r.  dans Histoire sociale/Social history, vol 30, n° 60, 1997, p. 470-71 par Jeff Keschen, U. of Ottawa (http://hssh.journals.yorku.ca/index.php/hssh/article/view/4713/3907)]

[3] Charlier (Marie-Astrid), Le Canard dans la mêlée, dans : Chabrier (Amélie), Charlier (Marie-Astrid) dir., Coups de griffe, prises de bec. La satire dans la presse des années trente, Bruxelles : Les Impressions nouvelles, 2018, p. 139-151. On en trouvera des extraits ici :
https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/33/files/2018/11/GriffeEXTRAIT.pdf

[4] Georges Bernanos : [exposition], Paris, Bibliothèque nationale, [28 septembre-5 novembre] 1978 / [catalogue par Florence Callu, Noëlle Giret, Marie-Hélène Tesnière] ; [avec la collaboration de René Rancœur] ; [préface de Georges Le Rider]. Paris : Bibliothèque nationale, 1978, XI-193 p. : ill.,

[5] Vilar (Pierre), Histoire de l'Espagne, Paris : PUF, 8e ed., 1971, p. 89, 102. Sur la violence, références et analyses plus récentes dans les travaux de François Godicheau (Université de Toulouse) :
Godicheau François, « Les violences de la guerre d’Espagne », Revue d’Histoire de la Shoah, 2008/2 (N° 189), p. 413-430. DOI : 10.3917/rhsho.189.0413. URL : https://www.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah-2008-2-page-413.htm
Id., "Guerre d'Espagne : la fin des légendes", L'Histoire, 427, septembre 2016 ;  https://www.lhistoire.fr/guerre-despagne%C2%A0-la-fin-des-l%C3%A9gendes
Id. , « La guerre civile espagnole, enjeux historiographiques et patrimoine politique », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2015/3 (N° 127), p. 59-75. DOI : 10.3917/ving.127.0059. URL : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2015-3-page-59.htm
 
[6] Voir les articles d’Henri de Kérillis dans L’Écho de Paris. "Le Front Populaire est à l’œuvre à nos portes ..." : anarchie ; désordres sanglants ; liberté restreinte (...). "L'Espagne est actuellement notre cobaye. La tragédie qui se déroule de l'autre côté des Pyrénées se reproduira trait pour trait dans notre pays si le "Front Populaire" conquiert le pouvoir le 26 avril et le 3 mai." (5 avril). "C'est au lendemain des élections que l'ordre peut être mis en péril" : (...) "De la victoire électorale rouge à la dictature révolutionnaire du pavé, il n'y a qu'un pas." (17 avril). "Le terrible exemple espagnol" : "...le sang coule à flots. L'impunité la plus absolue est assurée aux assassins." (19 avril), etc.

[7] Le Figaro dénonce le désordre (9 avril), la bolchevisation de l'Espagne (12 avril), les méfaits du Frente Popular (18 avril), les journées rouges de Madrid (23 avril).

[8] Gringoire publie un long reportage "L'Espagne à feu et à sang" (sur 5 numéros entre le 10 avril et le 8 mai). 

[9] Voir  par ex. un texte violent de François Mauriac (Le Figaro, 25 juillet 1936).

[10] Pour nuancer cette présentation schématique, lire la narration détaillée des journées allant du 18 juillet à la décision du 7 août, l'analyse de cette politique et de sa justification et enfin la conversion de Blum à l'interventionnisme dans : Lacouture (Jean), Léon Blum, Paris : éditions du Seuil, 1977, 595 p. [p. 341-396]

[11] Jean Lacouture cite ce propos attribué à Baldwin ou à Chamberlain : " Nous autres Anglais, nous haïssons le fascisme. Mais nous haïssons tout autant le bolchevisme. Si donc il est un pays où fascistes et bolchevistes s'entre-tuent, c'est grand bien pour l'humanité." (p. 355).

jeudi 31 octobre 2019

De l'Armistice au Traité de paix (1918-1919)



     Au moment où s'achèvent les commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, la publication de quelques dessins relatifs à la fin de cette période s'impose. Les bandeaux du Journal déjà publiés (mon billet du 4 décembre 2015 complété par celui du 8 décembre 2018) nous avaient conduits du 30 septembre au 31 décembre 1918, du "dernier quart d'heure" à l'allégresse de la victoire. Un autre billet (7 juin 2018) a été consacré à l'abdication de Guillaume II et un dernier à la contribution américaine (25 décembre 2018, complété le 2 janvier 2019).

La Victoire en chantant

     En décembre 1918, c'est toujours la liesse et la fierté nationale qui dominent, tant sur la couverture de L'Automobile aux Armées saluant la nouvelle année que sur une publicité des pages intérieures.


Jean Routier - L’Automobile aux armées, 39, 1918-12-31
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Jean Routier - L’Automobile aux armées, 39, 1918-12-31, p. 58
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



     Le retour de l'Alsace Lorraine dans le giron national est abondamment exploité par les dessinateurs. Routier n'y fait pas exception. La couverture du n° 40 de L'Automobile aux Armées (devenu Automobilia) du 15 janvier 1919 mérite qu'on s’y arrête. Elle représente Marianne remettant des fleurs à une Alsacienne en costume traditionnel sous les vivats de la foule ; à ses côtés, le président Woodrow Wilson et Britannia, personnification de la Grande-Bretagne [1] ; la ville est pavoisée de drapeaux des trois alliés présents. La scène est censée se passer à Strasbourg dont on reconnait la silhouette de la cathédrale ; cette identification est renforcée par les coiffes alsaciennes, le nid de cigognes. Mais, elle est symbolique, car Wilson n'a pas fait de déplacement à Strasbourg [2].


Jean Routier - Automobilia (L’Automobile aux armées), 40, 1919-01-15
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


La sortie de guerre

  • Les perspectives de la démobilisation

     La démobilisation  qui concerne près de cinq millions d'hommes en France fut longue et s'effectua en plusieurs phases de novembre 1918 jusqu'en septembre 1919, et même en 1920 pour les jeunes classes [3]. C'est un sujet fréquemment évoqué à la Chambre des députés et naturellement dans la presse. Routier traite le sujet sur le mode de l'humour militaire.

Jean Routier - Automobilia (L’Automobile aux armées), 45, 1919-03-31, p. 18
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     Outre ce dessin, deux bandes dessinées décrivent des scènes de vie militaire et campent des personnages inspirés des mobilisés que Routier côtoyait quotidiennement depuis août 1914. La première, "La décision gaie", suggère des exercices de réadaptation au sein des unités : il s'agit de préparer "le civil de demain". La seconde, "Songe de démobilisation", utilise le procédé du rêve pour brocarder les procédures administratives.

Jean Routier - Automobilia (L’Automobile aux armées), 40, 1919-01-15, p. 26-27
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Jean Routier Automobilia (L’Automobile aux armées), 43, 1919-02-28, p. 24-25
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

  • La vie chère

     Le coût énorme de la guerre (le budget annuel de la France passe de 5 à 38 milliards de francs) fut financé par la planche à billets et par l'emprunt. Cela provoqua la dégradation de la valeur de la monnaie (perte de 71 % de la valeur du franc) et l'inflation, terme encore peu répandu que le public traduit par "vie chère".

Jean Routier - Le Journal, 1919-03-26
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


  • La construction de la paix

     La Conférence de la paix fut ouverte le 18 janvier 1919 en présence du Président Wilson accueilli triomphalement à son arrivée en France. Mais les discussions furent longues et compliquées ; de nombreux dessins y font allusion.

Jean Routier - Le Journal, 1919-04-18
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     Le texte des traités fut établi le 7 mai et transmis au gouvernement allemand. Après le rejet des contre-propositions allemandes, et l'acceptation (contrainte) par l'Allemagne le 23 juin, le traité fut signé à Versailles le 28 juin. La légende du dessin  fait bien apparaître le traité comme un revanche sur celui imposé par l'Allemagne en 1871 (Préliminaires à Versailles le 26 février et traité de Francfort le 10 mai 1871).

Jean Routier - Le Journal, 1919-05-16
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Épilogue

     Vingt ans plus tard, la couverture du Cri de Paris du 1er juillet 1938 traduit bien le scepticisme ambiant : la remise en cause des clauses du traité de Versailles, le relèvement de l'Allemagne et la crainte du déclassement de la France justifient, aux yeux du lecteur, la réponse du candidat bachelier : "Qui a été vainqueur en 1918 ? On ne sait pas encore..."


Jean Routier - Le cri de Paris n° 2153 - vendredi 1 juillet 1938 

source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     Une autre couverture du même hebdomadaire, quelques semaines plus tard, est de la même veine : en regardant l'éphéméride à la page du 2 août 1938 - 24e anniversaire de la mobilisation générale - le Président Albert Lebrun [4] ne peut qu'espérer que la paix dure [5].

Jean Routier - Le cri de Paris n° 2157 - vendredi 29 juillet 1938 

source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)


Annexe

Pour le plaisir, voici deux dessins de contemporains sur les mêmes thèmes :

Chas-Laborde (1886-1941), pour "la vie chère" : une marchande appuie sur le plateau de la balance sur fond de drapeaux de la victoire. Vae Victis (Malheur aux vaincus) dit la légende, allusion à l'histoire de Brennus, vainqueur de Rome vers 390 av. J.-C., qui suite à une protestation des romains sur la pesée de la rançon, jeta son épée dans la balance.  Mais ici, le vainqueur, c'est le commerçant.

Marcel Noblot, dit Nob (1880-1935) pour la réaction allemande aux dispositions du traité : Germania, pourtant entourée d'usines en fonctionnement, se plaint à Marianne dont le pays est détruit.

Chas Laborde - La Baïonnette, 1919-02-20
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Nob - Le Rire, 1919-05-17
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Notes

[1] On notera l'aspect "civil" de Britannia, habituellement casquée et armée (trident et bouclier).


[2] Le Président Wilson embarqué le 4 décembre 1918, arrive en France le 13. De son programme, très chargé, on retient un déplacement en Haute-Marne (Chaumont, Langres) le 25 décembre, un voyage en Angleterre, puis un autre en Iralie début janvier ; il ouvre le Congrès de la paix le 18 janvier, se rend à Reims le 26 janvier. Nulle trace d'un déplacement à Strasbourg qui a en revanche reçu la visite de Poincaré, Président de la République et de Clémenceau, Président du Conseil, les 8 et 9 décembre 1918. Routier s'est-il inspiré de photos de cette manifestation ? On croit reconnaitre une maison de la place Kléber avec ses chiens-assis, mais cela ne cadre pas avec l'orientation de la cathédrale.
Strasbourg - Place Kléber - Carte postale 1918  - Source : Geneanet
Addendum du 7 novembre 2019 : W. Wilson a manifesté son amitié aux Alsaciens, à l'occasion d'un toast à l'Alsace Lorraine (Excelsior du 29 novembre 1918), et dans un message particulier (Le Petit Journal du 27 décembre 1918). Voici ces extraits :

Le Excelsior Journal, 1918-11-29
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
 Le Petit Journal, 1918-12-27
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

























 [3] Cabanes (Bruno). "Sortir de la Première guerre mondiale (1918-début des années 1920)" dans : Bruno Cabanes et Edouard Husson (dir.), Les sociétés en guerre. 1911-1946. Paris : Armand Colin, 2003, p. 79-97 (coll. U). 

[4] J'ai d'abord douté de l'identification car les caricatures de Lebrun le dotent généralement d'une moustache plus fournie. Mais la chevelure est bien conforme aux photos. Eric Freysselinard, son arrière petit-fils, auteur d'une biographie déjà signalée (mon billet du 21 avril 2017), consulté, juge l'identification possible et me fait très justement remarquer qu'il "avait la moustache brune et les cheveux blancs et était moqué pour cela". A dire vrai, je ne vois pas qui d'autre cela pourrait être !

[5] A cette date, les démocraties ont déjà affronté plusieurs crises mais sans forte réaction militaire : la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler le 7 mars 1936 n'entraina pas de mobilisation mais une simple mise en alerte de toutes les forces actives à la frontière. L'Anschluss, le 12 mars 1938, se produisit en pleine crise ministérielle. Une première alerte sur le statut de la Tchécoslovaquie, en mai 1938, se solda par une mission de conciliation. Postérieurement au dessin, la crise des Sudètes en septembre 1938 provoquera une mobilisation partielle de réservistes en France et en Grande-Bretagne, avant la dérobade de Munich.