mercredi 27 mai 2020

Pandémie

" Qu'une personne tousse ou éternue à moins de 10 mètres de moi, et voilà ma vie qui chavire..."

(Michaël Foessel, philosophe, Télérama, 29 avril 2020, p. 6)


     Comment ne pas appeler à nouveau l'attention sur le dessin de Jean Routier paru dans Le Journal du 23 octobre 1918, relatif à la grippe espagnole [1] ? Un livre récent dresse un panorama complet de cette épidémie vraisemblablement originaire des États-Unis (un village du Texas). Il en décrit les trois vagues (avril-juillet 1918 ; octobre-novembre 1918 ; février-avril 1919), en souligne le bilan humain (presque 250 000 morts en France pour une population de 36,7 millions d'habitants ; d'autres estimations font état de 120 000 morts), relate son traitement et surtout explique comment le souvenir de cette crise sanitaire a pu s'effacer devant le bilan humain de la guerre [2]. Cet "épisode refoulé" est d'ailleurs peu documenté par les dessins de presse.

     Le titre du dessin est un jeu de mots sur la célèbre fable de La Fontaine, Les animaux malades de la peste  :
"Un mal qui répand la terreur,
Mal que le ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre, (...)"




Jean Routier -Le Journal,  1918-10-23 -gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


     Pas de dessin connu de masque chez Routier. Le seul instrument analogue repéré pendant cette période (octobre 1918) est un "pot d'échappement" équipant un charretier. Ce dessin illustre un billet de Gaston de Pawlowski intitulé "Permis de marcher" dans lequel il proposait d'instituer un permis aux "malheureux rétrogrades qui s'obstinent encore à circuler à pied dans nos villes ou sur nos routes". Le silencieux évoqué par le satiriste avait-il pour fonction d’empêcher le charretier de jurer ou de cracher ?



Jean Routier - L'Automobile aux armées, n° 34, 1918-10-15 -gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


     Voici les deux autres dessins agrémentant cet article :





Notes

 [1]  Mon billet du 4 décembre 2015 intitulé "Les bandeaux du Journal (octobre-décembre 1918)"
 [2] A la bibliographie que j'avais donnée [Darmon (Pierre). La grippe espagnole submerge la France. L'Histoire, nov. 2003, p. 79. http://www.histoire.presse.fr/recherche/la-grippe-espagnole-submerge-la-france-01-11-2003-7218], j'ajoute : Vinet (Freddy).- La grande grippe 1918. La pire épidémie du siècle. Histoire de la grippe espagnole. Paris : Édition Vendémiaire, 2018, 259 p.
Un compte rendu très détaillé de cet ouvrage par Annie De Nicola est disponible ici : https://clio-cr.clionautes.org/la-grande-grippe-1918-la-pire-epidemie-du-siecle-histoire-de-la-grippe-espagnole.html

mercredi 1 janvier 2020

Changement d'année


      Pour illustrer le changement d'année, Routier, après d'autres, a utilisé l'image d'une jeune femme  - représentant l'année nouvelle - remplaçant une vieille femme en haillons, symbole de l'année écoulée. En voici un exemple, datable du début de 1951, tiré des nombreux bancs-titres qu'il a fournis à la Société Éclair-Journal pour les actualités diffusées  dans les cinémas [1].

Jean Routier_ coll. part.

     Après d'autres : un dessin de Caran d'Ache, publié dans le Figaro du 3 janvier 1898, utilisait déjà ce procédé, mais en faisant intervenir la personnification du Temps, avec sa faux et son sablier, qui introduisait l'année nouvelle. Cette iconographie du "vieillard-temps", mélange de Chronos et de Cronos (ou du Saturne latin), remontant au moins à la Renaissance, demanderait de plus amples développements [2]. J'ignore si ses apparitions dans le dessin de presse ont fait l'objet de relevés [3]. On notera que l'année 1897 sort de scène sous les huées des gamins tandis que le Temps évaluant l'action de l'année sortante et ouvrant la porte à l'année 1898 tient le rôle de Janus.

Caran d'Ache - Le Figaro, lundi 3 janvier 1898 - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 

     Comment ne pas compléter ce court billet par l'image de ce "vieillard-temps", due à Routier, moissonnant de sa faux les jours d'un éphéméride ?


Jean Routier_ coll. part.


Notes
[1]. J'ai aperçu dans les classeurs constitués par Jean Routier d'autres dessins analogues pour d'autres années mais l'inventaire en reste à faire.

[2]. Panofsky (Erwin).  Essais d'iconologie : thèmes humanistes dans l'art de la Renaissance. Paris : Gallimard, 1967, 394 p. (Bibliothèque des sciences humaines), p. 105-150.

[3]. Un billet en préparation sur mon autre blog en fournira quelques-uns (http://images-et-imagiers.blogspot.com/).

samedi 28 décembre 2019

Transports en commun

     Au cours de sa carrière, Jean Routier a dessiné des centaines de voitures et beaucoup de véhicules utilitaires - ces derniers notamment pendant la guerre. En revanche, les transports en commun sont très peu nombreux.

Un dessin, non daté, représente une bousculade dans le métro.

Jean Routier - coll. part. A. Z.
  
Deux autres dessins, sans doute antérieurs, évoquent aussi les transports collectifs parisiens :

-  L'un, illustrant un autobus, est un bandeau de bas de page, utilisé à plusieurs reprises dans la revue Automobilia (en 1921, 1927).

Jean Routier - Automobilia, n° 99, 1921-06-30 - BnF - cl. de l'A.

 - L'autre est un dessin original, extrait d'un article "Plaidoyer contre la taxe de luxe appliquée à l'Automobile" paru dans Automobilia en juillet 1922. Il reproduit -  in extenso nous dit la revue - une brochure  publiée et répandue "à profusion" par MM. Goudard et Mennesson, constructeurs du carburateur Solex. N'ayant localisé aucun exemplaire de cette brochure, j'ignore si les dessins de Routier y figuraient déjà ; c'est fort possible car ce dernier a signé des publicités pour Solex entre 1921 et 1923 puis en 1927.


Jean Routier - Automobilia, n° 124, 1922-07-15, p. 56 - BnF - cl. de l'A.


     Maurice Goudard (1881-1948) et Marcel Mennesson (1884-1976), ingénieurs centraliens, créateurs en 1905 d'une entreprise fabriquant des radiateurs et des carburateurs, déposèrent la marque Solex en 1910.

Les marques internationales, supplément de La Propriété industrielle, 18e année, n° 210, t. IV, 31 juillet 1910, 
p. 93  Source :gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Leur plaidoyer contre la taxe de luxe recourt à des arguments classiques :

- C'est à tort que l'automobile figure dans la nomenclature des objets de luxe, comme les bijoux, les fourrures, les objets d'art... En effet, en tant que moyen de déplacement, ce n'est pas un luxe mais une nécessité.
- Le montant de la taxe (10 %) est beaucoup trop lourd pour un objet dont les mutations sont fréquentes (une voiture change de propriétaire tous les 3 ans ; sa durée de vie n'excède pas 15 ans). Elle s'ajoute à d'autres taxes. La France est le pays où l'automobile est le plus lourdement taxé.
- La taxe est mortelle pour le commerce et donc pour la production d'une industrie qui emploie plus de 500 000 ouvriers.
- "Au lieu de viser à restreindre par des impôts la possession des objets de luxe, il est plus humain d'en étendre l'usage au plus grand nombre."
- La diffusion sans frein de l'automobile engendrera davantage de recettes fiscales (droits de circulation, taxe sur l'essence, ...).
- Dans une perspective militaire, le développement de l'industrie des transports est capitale.

Conclusion : "...la taxe de luxe doit disparaitre pour le plus grand bien de notre industrie, de nos finances et de la moralité du commerce."[1]

Jean Routier - Automobilia, n° 124, 1922-07-15, p. 57 - BnF - cl. de l'A.


Note
[1] Un article de Pierre Dumont, dans Les Annales commerciales, judiciaire et fiscales, n° 34, octobre 1931, p. 166-172 analyse "le régime fiscal des automobiles, cycle-cars, side-cars et motocyclettes" (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6208093t/f8.image.r=taxe%20de%20luxe%20sur%20les%20automobiles). On y apprend que le taux fixé par décret du 26 juin 1920 était de 12 %. En 1923, une loi en exclura les voitures d'occasion et mettra la taxe à la charge du fabricant ; le taux sera ramené à 10 % en 1929 et à 6% en 1930.

jeudi 31 octobre 2019

De l'Armistice au Traité de paix (1918-1919)



     Au moment où s'achèvent les commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, la publication de quelques dessins relatifs à la fin de cette période s'impose. Les bandeaux du Journal déjà publiés (mon billet du 4 décembre 2015 complété par celui du 8 décembre 2018) nous avaient conduits du 30 septembre au 31 décembre 1918, du "dernier quart d'heure" à l'allégresse de la victoire. Un autre billet (7 juin 2018) a été consacré à l'abdication de Guillaume II et un dernier à la contribution américaine (25 décembre 2018, complété le 2 janvier 2019).

La Victoire en chantant

     En décembre 1918, c'est toujours la liesse et la fierté nationale qui dominent, tant sur la couverture de L'Automobile aux Armées saluant la nouvelle année que sur une publicité des pages intérieures.


Jean Routier - L’Automobile aux armées, 39, 1918-12-31
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Jean Routier - L’Automobile aux armées, 39, 1918-12-31, p. 58
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



     Le retour de l'Alsace Lorraine dans le giron national est abondamment exploité par les dessinateurs. Routier n'y fait pas exception. La couverture du n° 40 de L'Automobile aux Armées (devenu Automobilia) du 15 janvier 1919 mérite qu'on s’y arrête. Elle représente Marianne remettant des fleurs à une Alsacienne en costume traditionnel sous les vivats de la foule ; à ses côtés, le président Woodrow Wilson et Britannia, personnification de la Grande-Bretagne [1] ; la ville est pavoisée de drapeaux des trois alliés présents. La scène est censée se passer à Strasbourg dont on reconnait la silhouette de la cathédrale ; cette identification est renforcée par les coiffes alsaciennes, le nid de cigognes. Mais, elle est symbolique, car Wilson n'a pas fait de déplacement à Strasbourg [2].


Jean Routier - Automobilia (L’Automobile aux armées), 40, 1919-01-15
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


La sortie de guerre

  • Les perspectives de la démobilisation

     La démobilisation  qui concerne près de cinq millions d'hommes en France fut longue et s'effectua en plusieurs phases de novembre 1918 jusqu'en septembre 1919, et même en 1920 pour les jeunes classes [3]. C'est un sujet fréquemment évoqué à la Chambre des députés et naturellement dans la presse. Routier traite le sujet sur le mode de l'humour militaire.

Jean Routier - Automobilia (L’Automobile aux armées), 45, 1919-03-31, p. 18
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     Outre ce dessin, deux bandes dessinées décrivent des scènes de vie militaire et campent des personnages inspirés des mobilisés que Routier côtoyait quotidiennement depuis août 1914. La première, "La décision gaie", suggère des exercices de réadaptation au sein des unités : il s'agit de préparer "le civil de demain". La seconde, "Songe de démobilisation", utilise le procédé du rêve pour brocarder les procédures administratives.

Jean Routier - Automobilia (L’Automobile aux armées), 40, 1919-01-15, p. 26-27
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Jean Routier Automobilia (L’Automobile aux armées), 43, 1919-02-28, p. 24-25
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

  • La vie chère

     Le coût énorme de la guerre (le budget annuel de la France passe de 5 à 38 milliards de francs) fut financé par la planche à billets et par l'emprunt. Cela provoqua la dégradation de la valeur de la monnaie (perte de 71 % de la valeur du franc) et l'inflation, terme encore peu répandu que le public traduit par "vie chère".

Jean Routier - Le Journal, 1919-03-26
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


  • La construction de la paix

     La Conférence de la paix fut ouverte le 18 janvier 1919 en présence du Président Wilson accueilli triomphalement à son arrivée en France. Mais les discussions furent longues et compliquées ; de nombreux dessins y font allusion.

Jean Routier - Le Journal, 1919-04-18
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     Le texte des traités fut établi le 7 mai et transmis au gouvernement allemand. Après le rejet des contre-propositions allemandes, et l'acceptation (contrainte) par l'Allemagne le 23 juin, le traité fut signé à Versailles le 28 juin. La légende du dessin  fait bien apparaître le traité comme un revanche sur celui imposé par l'Allemagne en 1871 (Préliminaires à Versailles le 26 février et traité de Francfort le 10 mai 1871).

Jean Routier - Le Journal, 1919-05-16
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Épilogue

     Vingt ans plus tard, la couverture du Cri de Paris du 1er juillet 1938 traduit bien le scepticisme ambiant : la remise en cause des clauses du traité de Versailles, le relèvement de l'Allemagne et la crainte du déclassement de la France justifient, aux yeux du lecteur, la réponse du candidat bachelier : "Qui a été vainqueur en 1918 ? On ne sait pas encore..."


Jean Routier - Le cri de Paris n° 2153 - vendredi 1 juillet 1938 

source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)

     Une autre couverture du même hebdomadaire, quelques semaines plus tard, est de la même veine : en regardant l'éphéméride à la page du 2 août 1938 - 24e anniversaire de la mobilisation générale - le Président Albert Lebrun [4] ne peut qu'espérer que la paix dure [5].

Jean Routier - Le cri de Paris n° 2157 - vendredi 29 juillet 1938 

source : Bibliothèque historique de la ville de Paris (cl. de l'auteur)


Annexe

Pour le plaisir, voici deux dessins de contemporains sur les mêmes thèmes :

Chas-Laborde (1886-1941), pour "la vie chère" : une marchande appuie sur le plateau de la balance sur fond de drapeaux de la victoire. Vae Victis (Malheur aux vaincus) dit la légende, allusion à l'histoire de Brennus, vainqueur de Rome vers 390 av. J.-C., qui suite à une protestation des romains sur la pesée de la rançon, jeta son épée dans la balance.  Mais ici, le vainqueur, c'est le commerçant.

Marcel Noblot, dit Nob (1880-1935) pour la réaction allemande aux dispositions du traité : Germania, pourtant entourée d'usines en fonctionnement, se plaint à Marianne dont le pays est détruit.

Chas Laborde - La Baïonnette, 1919-02-20
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Nob - Le Rire, 1919-05-17
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Notes

[1] On notera l'aspect "civil" de Britannia, habituellement casquée et armée (trident et bouclier).


[2] Le Président Wilson embarqué le 4 décembre 1918, arrive en France le 13. De son programme, très chargé, on retient un déplacement en Haute-Marne (Chaumont, Langres) le 25 décembre, un voyage en Angleterre, puis un autre en Iralie début janvier ; il ouvre le Congrès de la paix le 18 janvier, se rend à Reims le 26 janvier. Nulle trace d'un déplacement à Strasbourg qui a en revanche reçu la visite de Poincaré, Président de la République et de Clémenceau, Président du Conseil, les 8 et 9 décembre 1918. Routier s'est-il inspiré de photos de cette manifestation ? On croit reconnaitre une maison de la place Kléber avec ses chiens-assis, mais cela ne cadre pas avec l'orientation de la cathédrale.
Strasbourg - Place Kléber - Carte postale 1918  - Source : Geneanet
Addendum du 7 novembre 2019 : W. Wilson a manifesté son amitié aux Alsaciens, à l'occasion d'un toast à l'Alsace Lorraine (Excelsior du 29 novembre 1918), et dans un message particulier (Le Petit Journal du 27 décembre 1918). Voici ces extraits :

Le Excelsior Journal, 1918-11-29
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
 Le Petit Journal, 1918-12-27
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

























 [3] Cabanes (Bruno). "Sortir de la Première guerre mondiale (1918-début des années 1920)" dans : Bruno Cabanes et Edouard Husson (dir.), Les sociétés en guerre. 1911-1946. Paris : Armand Colin, 2003, p. 79-97 (coll. U). 

[4] J'ai d'abord douté de l'identification car les caricatures de Lebrun le dotent généralement d'une moustache plus fournie. Mais la chevelure est bien conforme aux photos. Eric Freysselinard, son arrière petit-fils, auteur d'une biographie déjà signalée (mon billet du 21 avril 2017), consulté, juge l'identification possible et me fait très justement remarquer qu'il "avait la moustache brune et les cheveux blancs et était moqué pour cela". A dire vrai, je ne vois pas qui d'autre cela pourrait être !

[5] A cette date, les démocraties ont déjà affronté plusieurs crises mais sans forte réaction militaire : la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler le 7 mars 1936 n'entraina pas de mobilisation mais une simple mise en alerte de toutes les forces actives à la frontière. L'Anschluss, le 12 mars 1938, se produisit en pleine crise ministérielle. Une première alerte sur le statut de la Tchécoslovaquie, en mai 1938, se solda par une mission de conciliation. Postérieurement au dessin, la crise des Sudètes en septembre 1938 provoquera une mobilisation partielle de réservistes en France et en Grande-Bretagne, avant la dérobade de Munich.

mercredi 2 janvier 2019

Les Sammies



     Je complète mon précédent billet sur la boîte à joujoux de l'oncle Sam en présentant deux documents :

- Une couverture de L'Automobile aux armées (n° 34, 15 octobre 1918),  dessinée par Jean Routier, représente des Sammies.



Jean Routier
L’Automobile aux armées, 34, 1918-10-15
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
    

      Ce nom donné aux soldats américains dérive de Uncle Sam. Selon une tradition - légendaire ? -, la personnification de la nation américaine et de son gouvernement en Uncle Sam remonterait à la guerre anglo-américaine de 1812 : les initiales U S (United States)  figurant sur les barils de viande salées fournis par un certain Samuel Wilson auraient été interprétées par les soldats comme celles de Uncle Sam, surnom familier de ce fournisseur [1]. Sa genèse semble plus compliquée [2]. Quoi qu'il en soit, le sobriquet sammies apparait assez fréquemment dans la presse française, même si les Américains ne l'apprécient pas beaucoup.

- Un dessin de l'artiste américain Cecil Howard [3] publié dans La Baïonnette (n° 114, 6 septembre 1917, sur le thème des Sammies).

     Il illustre une poésie octosyllabique de Hugues Delorme [4] et figure "une bizarre machine" transformant l'or "brillant et sonore" de l'Oncle Sam en millions de "bons Sammies". Faut-il y voir la source d'inspiration de Pierre Mac Orlan et de Gus Bofa ? 


 H[ugues] Delorme et [Cecil] Howard
  La Baïonnette, 114, 1917-06-6
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Notes

[1] http://americanhistory.si.edu/blog/2013/09/uncle-sam-the-man-and-the-meme-the-origins-of-uncle-sam.html
https://fr.usembassy.gov/fr/education-culture-fr/les-etats-unis-de-z/oncle-sam/
[2] Documentation complémentaire et iconographie intéressante dans :  http://www.histoire-fr.com/mensonges_histoire_oncle_sam.htm
[3] Biographie très détaillée de Cecil Howard, sculpteur et dessinateur américain qui passa la moitié de son existence en France, dans : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cecil_Howard
[4] Hugues DELORME, pseudonyme de Georges-François THIEBOST (1868-1942), poète, humoriste et auteur dramatique.

mardi 25 décembre 2018


La boîte à joujoux de l'Oncle Sam


        Dans son numéro 39, daté du 31 décembre 1918, la revue L'Automobile aux armées publie sur une double page, un dessin de Jean Routier célébrant à sa manière, le rôle de l'intervention américaine dans la guerre dont les combats viennent d'être suspendus. Ce dessin en couleur, qualifié d'aquarelle dans le sommaire de la revue, figure le débarquement continu des troupes sur une plage de l'Atlantique : camions, batteries et surtout fantassins bien reconnaissables à leur casque : il s'agit du casque Model 1917, calqué sur le casque Mark 1 britannique [1].



  L’Automobile aux armées 1918-12-31
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     Je laisse aux spécialistes le soin de déterminer l'exactitude des détails de l'uniforme du fantassin (calot, cartouchière, bandes molletières, brodequin, etc.) et  de son armement (fusil Springfield M 1903 ?). 


  L’Automobile aux armées 1918-12-31
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

     L'entrée en guerre des États-Unis, le 6 avril 1917, provoque un transfert considérable d'hommes et de matériel vers le vieux continent. Les premiers soldats débarquent à Saint-Nazaire en juin 1917, mais il faut attendre la fin du premier trimestre 1918 pour que les effectifs deviennent importants. Les débarquements ont alors lieu au rythme de plus de 200 000 par mois. Selon les estimations, au 11 novembre 1918, ce sont plus de 2 000 000 d'hommes et de femmes qui ont franchi l'Océan Atlantique [2].
     L'idée de représenter ce "réservoir" américain comme une boîte à joujoux est intéressante. La noria des bateaux évoque bien le caractère quasiment inépuisable de la ressource humaine et matérielle. 

     Comment, dans le même esprit, ne pas évoquer Gus Bofa qui avait illustré la couverture de La Baïonnette du 10 octobre 1918 - dont le thème était "A l'américaine" - d'une "machine à venger le droit" ? Sur le flanc de la machine est indiquée sa puissance de production : 10 000 par jour, 70 000 par semaine, 300 000 par mois, 3 500 000 par an, 35 000 000 par décennie, etc.. Une manière pour Bofa  de dénoncer le caractère de cette guerre qui a transformé l'homme en mécanique [3].


  La Baïonnette 1918-10-10
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


     Dans le même numéro, Pierre Mac Orlan en fait une description littéraire et tout aussi fantastique :



  La Baïonnette 1918-10-10
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France



Notes

[1] Un site dédié aux casques fournit toutes les précisions souhaitables avec un grand luxe de détails : https://www.world-war-helmets.com/fiche?q=Casque-US-Model-1917
[2] NICOLAS (Gilbert), JORET (Éric) et KOWALSKI (Jean-Marie) dir.- Images des Américains dans la Grande Guerre de la Bretagne au front de l’Ouest. Préface de Jean-Yves Le Drian. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, sd [2018], 242 p. , illustrations, reliure éditeur avec couv. illustrée.
[3] POLLAUD-DULIAN (Emmanuel).- Gus Bofa, l'enchanteur désenchanté. Paris : Éditions Cornélius, 2013, 550 p., couv cartonnée éditeur, jaquette illustré (Collection Victor). [p. 174-175 : dessin de la couverture et esquisse couleurs].

samedi 8 décembre 2018

Allons, enfants de la Patrie (septembre 1918)


        Mon billet sur les bandeaux du Journal (octobre-décembre 1918), publié le 4 décembre 2015, peut être complété. Le premier bandeau dessiné par Jean Routier date du 30 septembre 1918, à un moment où le succès des offensives alliées depuis la mi-août et le fléchissement de l'opinion allemande laissent  espérer la fin de la guerre, d'autant que les partenaires de l'Allemagne sont en train de faire défection : l’Autriche-Hongrie propose des conversations de paix (14 septembre) ; la Bulgarie capitule (armistice du 29 septembre) ; le front turc cède au Proche-Orient.


Lundi 30 septembre 1918



















Ce dessin a vraisemblablement été inspiré par le discours prononcé devant le Sénat par  Clemenceau, Président du Conseil et ministre de la guerre, le 17 septembre. Un discours remarquable titre alors Le Journal qui en publie l'intégralité et en affiche une phrase en épigraphe sur le bandeau : "Allez, enfants de la Patrie !". On peut y lire à la fois la détermination du Tigre et l'amorce des débats à venir sur "les risques d'un arrêt prématuré des hostilités" (Jean-Jacques Becker, La France en guerre 1914-1918. La grande mutation. Éditions Complexe, 1988, p. 128).

 

Mercredi 18 septembre 1918







  Le Journal 1918-09-18
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France